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	<title>Elie Cohen</title>
	<link>http://elie-cohen.eu/</link>
	<description>Directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS, &#201;lie Cohen est un &#233;conomiste dont les champs de recherche vont de l'&#233;conomie industrielle aux politiques publiques, de l'&#233;conomie internationale &#224; l'&#233;conomie politique de l'innovation.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Entretien &#224; la Revue Socialiste</title>
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		<dc:date>2005-03-01T16:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Webmaster</dc:creator>


		<dc:subject>Colbertisme high-tech</dc:subject>
		<dc:subject>Vari&#233;t&#233;s nationales</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme actionnarial</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme rh&#233;nan</dc:subject>
		<dc:subject>Crises du capitalisme</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quelle d&#233;finition donneriez-vous du capitalisme contemporain ? Quels traits diff&#233;rencient le capitalisme du XXI&#232;me si&#232;cle de celui XX&#232;me si&#232;cle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Braudel d&#233;finissait le capitalisme comme la sph&#232;re &#233;conomique du commerce au loin , de la finance des profits de monopole et des sp&#233;culations . Il l'opposait &#224; l'&#233;conomie de march&#233; , c'est &#224; dire &#224; la sph&#232;re de l'&#233;change. Dans une perspective braudelienne. on pourrait parler aujourd'hui d'un capitalisme de la deuxi&#232;me mondialisation caract&#233;ris&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quelle d&#233;finition donneriez-vous du capitalisme contemporain ? Quels traits diff&#233;rencient le capitalisme du XXI&#232;me si&#232;cle de celui XX&#232;me si&#232;cle ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Braudel d&#233;finissait le capitalisme comme la sph&#232;re &#233;conomique du commerce au loin , de la finance des profits de monopole et des sp&#233;culations . Il l'opposait &#224; l'&#233;conomie de march&#233; , c'est &#224; dire &#224; la sph&#232;re de l'&#233;change. Dans une perspective braudelienne. on pourrait parler aujourd'hui d'un capitalisme de la deuxi&#232;me mondialisation caract&#233;ris&#233; par une r&#233;volution technologique, une lib&#233;ralisation des &#233;changes et des mouvements de capitaux mais moins par les mouvements d'hommes &#224; la diff&#233;rence de la premi&#232;re mondialisation, celle de la fin du XIX&#232;me si&#232;cle Mais ce ne serait qu'une vue partielle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Avec mes coll&#232;gues &#233;conomistes, je pourrais d&#233;finir simplement le capitalisme comme un r&#233;gime &#233;conomique d&#233;centralis&#233; bas&#233; sur les libert&#233;s marchandes et les droits de propri&#233;t&#233;.Mais la d&#233;finition manque de sp&#233;cificit&#233;. Depuis l'effondrement des alternatives communistes et tiersmondistes au capitalisme, la propri&#233;t&#233; et l'&#233;change libre paraissent constituer un horizon ind&#233;passable sur toute la surface de la plan&#232;te..&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans une perspective &#224; la Polanyi, on peut essayer de cerner les traits de la grande transformation que nous vivons aujourd'hui. Trois &#233;volutions majeures marquent la sph&#232;re &#233;conomique : La mondialisation avec l'acc&#233;l&#233;ration des &#233;changes et des exportations de capitaux qu'elle a port&#233; &#224; un niveau sans cesse plus &#233;lev&#233;. La r&#233;volution des technologies de l'information qui a ouvert un nouveau cycle de consommation et de gains de productivit&#233; du travail. La financiarisation enfin de l'&#233;conomie qui amplifie les deux pr&#233;c&#233;dentes. La sph&#232;re politique se caract&#233;rise quant &#224; elle par deux grandes &#233;volutions : d'une part la constitution d'entit&#233;s r&#233;gionales comme Union Europ&#233;enne, et d'autre part l'apparition de nouveaux organes de r&#233;gulation au sein et au dehors des &#233;tats, &#224; l'instar de l'OMC,des banques centrales ind&#233;pendantes, ou des autorit&#233;s administratives ind&#233;pendantes. Ces organes sont des instances qui &#233;chappent aux sanctions du suffrage universel, et qui, dot&#233;s du pouvoir d'arbitrer, sont devenus des &#233;l&#233;ments d&#233;cisifs de la r&#233;gulation &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Peut-on s'arr&#234;ter un moment sur les traits du capitalisme contemporain ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; De mani&#232;re plus analytique, on peut d&#233;finir les diff&#233;rentes vari&#233;t&#233;s de capitalisme par l'articulation de trois rapports : propri&#233;t&#233;-pouvoir, salarial, et de r&#233;gulation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport propri&#233;t&#233;-pouvoir porte notamment sur la r&#233;partition de la d&#233;tention du capital, les droits li&#233;s &#224; cette d&#233;tention, et le financement des entreprises. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le rapport salarial porte sur le statut du salari&#233; dans l'entreprise, le degr&#233; d'encadrement des conditions de mobilisation de la force de travail, et les m&#233;canismes de protection sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me rapport porte sur le r&#244;le de l'Etat en mati&#232;re de r&#233;gulation de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se limite &#224; pr&#233;sent &#224; la seule dimension propri&#233;t&#233;-pouvoir, deux &#233;volutions majeures sont intervenues au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es : la r&#233;volution des droits de propri&#233;t&#233; et la d&#233;sinterm&#233;diation du financement des entreprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour des droits de propri&#233;t&#233; a pris une forme visible avec la conversion des entreprises au discours et &#224; la pratique de la cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire. Souvenons nous il y a simplement une vingtaine d'ann&#233;es on parlait encore de pouvoir de la technostructure, d'entreprises qui conciliaient int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s, des actionnaires et des consommateurs , le capitalisme des &#171; parties prenantes &#187; dominait partout, ; on parlait m&#234;me d'entreprises citoyennes. Le credo a radicalement chang&#233; dans les ann&#233;es 90 : l'entreprise, depuis, doit maximiser la cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire et ses dirigeants ne doivent ob&#233;ir qu'&#224; un ma&#238;tre : l'actionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me grande transformation du capitalisme est la d&#233;sinterm&#233;diation du financement de l'&#233;conomie, ou, autrement dit, la financiarisation de l'&#233;conomie. L'ouvrage de Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, opposait le capitalisme interm&#233;di&#233; rh&#233;nan, caract&#233;ris&#233; par le contrat social institutionnalis&#233; et le financement par les hausbank au mod&#232;le am&#233;ricain du capitalisme financier, marqu&#233; par le contrat d'entreprise et la finance de march&#233;. Les capitalismes fran&#231;ais et allemand ont longtemps &#233;t&#233; des capitalismes interm&#233;di&#233;s. En Allemagne, les banques, les institutions, les partenaires sociaux &#233;taient tous partis prenantes du contrat social. Le capital &#233;tait limit&#233; par le compromis social ; les d&#233;tenteurs ultimes du capital n'&#233;taient pas ceux qui exer&#231;aient le pouvoir du capital. Les banques pr&#234;taient aux entreprises, elles collectaient les droits de vote des actionnaires, elles si&#233;geaient dans les conseils et garantissaient ainsi les strat&#233;gies industrielles de long terme. Dans le mod&#232;le fran&#231;ais traditionnel, l'Etat jouait un r&#244;le majeur dans la r&#233;gulation &#233;conomique, dans l'&#233;laboration du contrat social, et dans l'articulation capital/pouvoir. A l'inverse, le mod&#232;le am&#233;ricain &#233;tait celui du capitalisme de march&#233; financier. Dans ce mod&#232;le, les entreprises se financent directement sur le march&#233;, en faisant appel &#224; l'&#233;pargne des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande &#233;volution des 20 derni&#232;res ann&#233;es r&#233;side dans le recul du capitalisme interm&#233;di&#233;. En France, ce recul se manifeste par le retrait de l'Etat de finance avec les privatisations et le repli du Tr&#233;sor. En Allemagne, il s'exprime par le d&#233;sengagement des grandes banques allemandes et de leur r&#244;le de t&#234;te de r&#233;seaux des entreprises. &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette &#233;volution s'accompagne du d&#233;veloppement d'une industrie financi&#232;re, charg&#233;e d'analyser, de placer, d'assurer, de noter, de g&#233;rer le capital et son &#233;volution. Ces r&#244;les &#233;taient autrefois occup&#233;s par l'Etat, ou les grandes banques, acteurs centraux de l'octroi de cr&#233;dit. Dor&#233;navant, l'analyse du risque est op&#233;r&#233;e par cette nouvelle industrie : la r&#233;f&#233;rence n'est plus le cr&#233;dit, mais le capital action, l'equity. L'action, la fraction de capital, par d&#233;finition n'est pas interm&#233;di&#233;e. L'&#233;pargnant souscrit au capital d'une entreprise soit directement soit via une Sicav, un fonds de pension. Dans ce contexte, la relation capitaliste change de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution vers un capitalisme de march&#233;s financiers a connu sa forme paroxystique dans les ann&#233;es 90 et s'est traduite par deux crises majeures : l'&#233;clatement de la bulle internet et le krach d'Enron. Il s'agit bien d'une r&#233;volution. Aujourd'hui, la logique dominante est celle du shareholders avec comme objectif la maximisation de la valeur pour l'actionnaire. Le d&#233;fi pour ce nouveau capitalisme est par cons&#233;quent de faire co&#239;ncider, d'aligner les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s sur les int&#233;r&#234;ts des actionnaires. Les stock-options, la distribution gratuite d'actions sont les principales r&#233;ponses mises en place par le nouveau management salari&#233;. Hier on &#233;tait encore dans une logique galbraithienne, l'entreprise &#233;tait une instance d'arbitrage qui conciliait des int&#233;r&#234;ts divergents : les int&#233;r&#234;ts du consommateur &#224; travers la baisse de prix, les int&#233;r&#234;ts des actionnaires &#224; travers les dividendes, et les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s &#224; travers la redistribution de la richesse cr&#233;&#233;e. Bref le management de l'entreprise reposait sur le mod&#232;le du stakeholders, mod&#232;le de conciliation d'int&#233;r&#234;ts divergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;La financiarisation de l'&#233;conomie est-elle une tendance lourde ou bien l'aboutissement d'un processus ? Le capitalisme a-t-il vraiment converg&#233; ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le capitalisme a converg&#233; dans sa dimension propri&#233;t&#233;-pouvoir. Comme je le soulignais au d&#233;part, cette dimension n'est qu'une des trois dimensions du capitalisme. On constate en effet que le rapport salarial, ainsi que le r&#244;le r&#233;gulateur de l'Etat restent tr&#233;s contrast&#233;s suivant les pays. Afin d'&#233;viter cette confusion s&#233;mantique, je pr&#233;f&#232;re pour ma part r&#233;server le terme de capitalisme &#224; la seule dimension patrimoniale et de d&#233;signer la combinaison des trois rapports par l'expression de r&#233;gime &#233;conomique et social. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Peut-on dire que le pouvoir s'est d&#233;plac&#233; vers le capital financier ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que l'industrie financi&#232;re est devenue surpuissante. Mais par rapport &#224; une probl&#233;matique traditionnelle sur le poids des diff&#233;rentes fractions du capital il est erron&#233; de dire que la branche financi&#232;re l'a emport&#233;, dans la mesure o&#249; le haut du pav&#233; est tenu par des grandes entreprises industrielles et financi&#232;res. GE est un groupe industriel et financier, les plus grands groupes mondiaux restent industriels.&lt;br class='autobr' /&gt;
La finance joue n&#233;anmoins un r&#244;le d&#233;terminant pour comprendre le m&#233;canisme de production, d'innovation mais aussi de consommation. L'explication majeure du boom &#233;conomique am&#233;ricain, malgr&#233; les crises &#233;conomiques &#224; r&#233;p&#233;tition, r&#233;side dans la capacit&#233; des am&#233;ricains &#224; inventer des m&#233;canismes financiers qui permettent de dig&#233;rer les chocs macro-&#233;conomiques tout en permettant un financement continu des entreprises et des m&#233;nages.. A titre d'exemple, un dispositif financier permet aux m&#233;nages am&#233;ricains de s'endetter sur l'appr&#233;ciation de leurs actifs immobiliers, ainsi ils peuvent continuer &#224; consommer m&#234;me en situation de stagnation &#233;conomique et de faible &#233;pargne gr&#226;ce &#224; cette mon&#233;tisation partielle de leurs actifs immobiliers. Ce ph&#233;nom&#232;ne de mon&#233;tisation des actifs permet de comprendre la dynamique m&#234;me de la consommation aux Etats-Unis. La finance est devenue la poutre ma&#238;tresse de cette &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la finance a devenue d&#233;cisive pour comprendre la politique macro &#233;conomique. Selon les th&#232;ses de certains &#233;conomistes, et notamment d'Anton Brender, la politique macro-&#233;conomique des Etats-Unis n'est pas pilot&#233;e par le gouvernement f&#233;d&#233;ral mais par le dialogue que la banque centrale entretient avec les march&#233;s financiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance s'est install&#233;e au c&#339;ur du paysage. Les repr&#233;sentations ouvri&#233;ristes et manufacturi&#232;res sont tout &#224; fait obsol&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;En ce qui concerne la mondialisation, on constate que les &#233;changes au sein de l'Union Europ&#233;enne sont pour 60% des &#233;changes intra-communautaires. Au regard de ce chiffre, quel jugement porter sur le degr&#233; de r&#233;alisation de la mondialisation et des cons&#233;quences de la r&#233;volution des technologies de l'information ? &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu de grands d&#233;bats entre &#233;conomistes sur la r&#233;alit&#233; de la r&#233;volution des technologies de l'information et sur la nouveaut&#233; de la mondialisation. Dans un cas comme dans l'autre on a pu faire valoir que l'internet n'&#233;tait pas l'&#233;lectricit&#233; de notre temps et que la mondialisation n'&#233;tait que la continuation des &#233;volutions constat&#233;es depuis 1945. Nulle rupture en effet n'appara&#238;t en mati&#232;re de d&#233;veloppement des &#233;changes dans la p&#233;riode 1989-1995..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;bats importent peu en v&#233;rit&#233;. Certes l'internet n'est pas l'alpha et l'omega de la r&#233;volution des NTIC. Mais elle couronne un processus cumulatif de transformation. La premi&#232;re r&#233;volution num&#233;rique a eu lieu dans les ann&#233;es 1960 pour l'informatique, puis il y en eut une seconde dans les ann&#233;es 1970 pour les t&#233;l&#233;communications. Il y en eut une troisi&#232;me dans les ann&#233;es 1980 pour les diff&#233;rentes g&#233;n&#233;rations de microprocesseurs et une derni&#232;re dans les ann&#233;es 90 avec l'internet c'est &#224; dire le multimedia en ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces vagues d'innovation ne commencent &#224; faire syst&#232;me que dans les ann&#233;es 1990. Auparavant, aucune de ces &#233;tapes n'avait donn&#233; lieu &#224; des gains de productivit&#233; significatifs si bien que selon une boutade devenue fameuse on pouvait dire avec Solow &#171; les ordinateurs &#233;taient partout, sauf dans les statistiques de productivit&#233; &#187; ! La v&#233;ritable impulsion est donn&#233;e dans les ann&#233;es 90. Depuis 1995, on assiste de fa&#231;on continue &#224; des gains de productivit&#233; significatifs notamment dans les pays le plus t&#244;t engag&#233;s dans la r&#233;volution des NTIC comme les Etats-Unis, la Su&#232;de, la Finlande. A l'inverse, la France et l'Allemagne, subissent une stagnation &#224; faible niveau de leurs gains de productivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me avec la mondialisation. Le Royaume Uni &#233;tait plus mondialis&#233; &#224; la fin du XIX&#232;me si&#232;cle qu'en 1980 si l'on en juge par l'impact du commerce exterieur sur le PIB. Mais l&#224; aussi peu importe la r&#233;alit&#233; est plus simple : depuis 1945 la croissance des &#233;changes internationaux se fait &#224; un rythme 2 &#224; 3 fois sup&#233;rieur &#224; celui du PIB. Au cours des ann&#233;es 90 il y a eu un v&#233;ritable d&#233;collage des exportations de capitaux pour la r&#233;alisation d'investissements. La croissance des &#233;changes et l'augmentation des flux direct d'investissement sont indiscutables, ils nourrissent l'expansion des pays d&#233;velopp&#233;s et des pays &#233;mergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mondialisation, r&#233;volution technologique et financiarisation ont conduit &#224; une nouvelle division internationale des processus productifs. Les grandes entreprises ont du red&#233;finir leur portefeuille d'activit&#233;s et au sein de chaque activit&#233; les fonctions qu'ils conservaaoient et celles qu'ils externalisaient sur le territoire d'origine et ailleurs dans le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette strat&#233;gie repose sur trois piliers : le refocusing d&#233;signe l'op&#233;ration de recentrage sur le c&#339;ur de m&#233;tier ; l'outsourcing d&#233;signe l'externalisation de certaines activit&#233;s, et l'offshoring qui le terme anglo-saxon de la d&#233;localisation des activit&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Une entreprise comme General Electric a externalis&#233; une s&#233;rie d'activit&#233; comme la paye et les relations client&#232;les. Ces activit&#233;s sont non seulement externalis&#233;es mais aussi d&#233;localis&#233;es. Les processus d'externalisation qui concernaient au d&#233;part des processus p&#233;riph&#233;riques comme la restauration, les transports ou les services routiniers touchent &#224; pr&#233;sent la production : Apple ne produit plus ses ordinateurs. Ce ph&#233;nom&#232;ne d'entreprises sans usines concerne non seulement l'informatique, mais aussi les t&#233;l&#233;coms et l'&#233;lectronique. L'entreprise de plus est moins ancr&#233;e dans le territoire national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Quelles sont les cons&#233;quences de ces &#233;volutions pour le salariat, et la social-d&#233;mocratie ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs de la social-d&#233;mocratie allemande comme Fritz Scharpf sont saisis par ces &#233;volutions. Nul doute pour eux que dimension salariale, patrimoniale et r&#233;gulationniste seront contamin&#233;es. Ulrich Beck voit &#171; les barbares &#224; nos portes &#187;. On peut apporter &#224; cette question fondamentale plusieurs &#233;l&#233;ments de r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode de financiarisation s'accompagne d'une forte cr&#233;ation d'emplois, des &#233;changes et au total d'une croissance soutenue dans le monde. Mais on constate en m&#234;me temps que cette dynamique a des effets locaux d&#233;vastateurs. Que devient un monde o&#249; des processus aussi rapides de r&#233;allocation des activit&#233;s se produisent. Pour nous, citoyens, consommateurs et travailleurs des pays d&#233;velopp&#233;s, la question essentielle est : par quoi remplace-t-on les activit&#233;s perdues ? si ces activit&#233;s sont remplac&#233;es par des activit&#233;s &#224; fort contenu technologique et donc &#224; forte qualification d'un c&#244;t&#233;, et par de nouveaux services aux entreprises bien r&#233;mun&#233;r&#233;s de l'autre, il est incontestable que le niveau global de la richesse du pays progresse. Si &#224; l'inverse, nous sommes entra&#238;n&#233;s du fait de la mont&#233;e en gamme des pays &#233;mergents dans une spirale de baisse des prix, alors nous pouvons &#234;tre inquiets pour la prosp&#233;rit&#233; future des pays aujourd'hui d&#233;velopp&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade rien ne permet de donner cr&#233;dit &#224; l'hypoth&#232;se la plus pessimiste , la dynamique de sp&#233;cialisation, de division du travail et d'innovation est un jeu gagnant-gagnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors pour les pays &#224; la tra&#238;ne comme la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les diff&#233;rents rapports parus r&#233;cemment pointent dans la m&#234;me direction, il s'agirait de lib&#233;raliser les march&#233;s du travail, des biens et des capitaux, de les rendre plus fluides pour faciliter l'adaptation &#224; la nouvelle donne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il est difficile dans un contexte de fort ch&#244;mage de lib&#233;raliser le march&#233; du travail. Par contre je suis favorable &#224; une nouvelle lib&#233;ralisation des march&#233;s des biens et services d'une part du capital d'autre part. Je ne suis pas de ceux qui comme Michel Aglietta voient en termes n&#233;gatifs le processus actuel de d&#233;sinterm&#233;diation et de d&#233;veloppement des march&#233;s financiers&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Etats-Unis, apr&#232;s le krach de la bulle Internet qui &#233;tait d'une violence comparable &#224; la crise de 29, on aurait pu craindre un effondrement de l'&#233;conomie. Dans la mesure o&#249; le risque n'&#233;tait pas port&#233; par les banques, mais qu'il &#233;tait dilu&#233;, saupoudr&#233; en pluie fine sur l'ensemble de la population, les effets ont &#233;t&#233; mineurs. Le krach n'a pas provoqu&#233; de faillite d'institutions bancaires. L'intervention de la banque centrale am&#233;ricaine a &#233;galement contribu&#233; &#224; amortir les effets de la crise. Les m&#233;nages ont emprunt&#233;, engendrant une flamb&#233;e immobili&#232;re ; gr&#226;ce aux outils de mon&#233;tisation des actifs immobiliers d&#233;crits pr&#233;c&#233;demment, la consommation a permis la reprise de l'activit&#233;, et le retour des investissements : les effets de la crise ont &#233;t&#233; limit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Mais est-ce que le syst&#232;me r&#233;sistera toujours aussi bien ? Certaines th&#232;ses sont bien plus alarmistes sur l'avenir du capitalisme aux Etats-Unis. &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1996, on a v&#233;cu une cascade de crises : asiatique, russe, mexicaines, LTCM, Bulle de l'internet, crise de confiance Enron-Vivendi etc. A chacune de ces crises, on a pu constater la tr&#232;s grande r&#233;silience du syst&#232;me, sa capacit&#233; &#224; absorber les chocs &#233;conomiques. L'ann&#233;e 2004, bien qu'ann&#233;e de crise, est aussi l'ann&#233;e de la plus forte croissance mondiale des 20 derni&#232;res ann&#233;es !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que la croissance mondiale est tir&#233;e par le couple Etats-Unis/Chine. Les Etats-Unis importent deux fois plus qu'il n'exportent. Le d&#233;ficit commercial est abyssal, repr&#233;sentant 600 milliards de dollars. Le d&#233;ficit am&#233;ricain avec la Chine est de 120 milliards. Mais, les chinois acceptent de placer leurs exc&#233;dents colossaux en bons du tr&#233;sor am&#233;ricain, qui non seulement rapportent peu, mais en plus se d&#233;pr&#233;cient. Etats-Unis/Chine forment un couple solidaire liant le producteur chinois au consommateur am&#233;ricain, via une m&#233;diation financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Comment se distribue la nouvelle division internationale du travail ? &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux pays industriels sont en train de vivre une atrophie de leur c&#339;ur industriel. En m&#234;me temps, ce c&#339;ur repr&#233;sente 20% du PIB et 15% de l'emploi. Plusieurs cas de figure permettent de compenser, ou non, cette perte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les am&#233;ricains ont accept&#233; la disparition de leurs industries et se sont red&#233;ploy&#233; vers le Hi-Tech et vers le service aux entreprises. L'Angleterre s'est sp&#233;cialis&#233;e dans l'industrie financi&#232;re ; l'Allemagne au contraire a valoris&#233; ses comp&#233;tences industrielles. La France quant &#224; elle ne dispose d'aucun avantage particulier, ni dans l'industrie, ni dans les hautes technologies, ni dans la finance, et ni dans le service aux entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Trois objectifs ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un capitalisme mondialis&#233; et financiaris&#233; organisant une nouvelle division internationale du travail, la r&#233;ponse des social d&#233;mocraties nordiques a &#233;t&#233; de b&#226;tir un nouveau compromis. Trois &#233;l&#233;ments me paraissent devoir se d&#233;gager. 1/ Dynamiser la cr&#233;ation de richesses en favorisant la mutation &#233;conomique par des politiques de l'offre : investissement dans l'excellence en &#233;ducation, accroissement des moyens pour la recherche, accompagnement des red&#233;ploiements. 2/ Refonder le compromis social : la demande de flexibilit&#233; est n&#233;goci&#233;e contre une exigence de s&#233;curisation des parcours professionnels des salari&#233;s. 3 / Refuser la seule logique de la cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire en affirmant la &#171; responsabilit&#233; sociale et environnementale &#187; de l'entreprise &#224; l'&#233;gard des diff&#233;rentes parties prenantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.parti-socialiste.fr/tiki-index.php?page=revue_socialiste" class="spip_out"&gt;&lt;i&gt;Revue Socialiste&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La nouvelle &#233;conomie capitaliste</title>
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		<dc:subject>Finance mondiale</dc:subject>
		<dc:subject>Gouvernement des entreprises</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme actionnarial</dc:subject>
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		<dc:subject>Crises du capitalisme</dc:subject>

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&lt;p&gt;Le krach de l'Internet et d'Enron (2000-2002) n'a eu qu'un pr&#233;c&#233;dent par son impact sur les march&#233;s financiers, la crise de 29, et pourtant il n'a pas les effets d&#233;vastateurs en termes d'activit&#233; et d'emploi de cette m&#234;me crise de 29. Alors que certains observateurs croyaient pouvoir annoncer une contagion &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle et des faillites spectaculaires d'institutions financi&#232;res majeures, il en a rien &#233;t&#233; la croissance est rest&#233;e soutenue et les banques universelles ont affich&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://elie-cohen.eu/-2005-.html" rel="directory"&gt;2005&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://elie-cohen.eu/+-Crises-du-capitalisme-+.html" rel="tag"&gt;Crises du capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le krach de l'Internet et d'Enron (2000-2002) n'a eu qu'un pr&#233;c&#233;dent par son impact sur les march&#233;s financiers, la crise de 29, et pourtant il n'a pas les effets d&#233;vastateurs en termes d'activit&#233; et d'emploi de cette m&#234;me crise de 29. Alors que certains observateurs croyaient pouvoir annoncer une contagion &#224; l'&#233;conomie r&#233;elle et des faillites spectaculaires d'institutions financi&#232;res majeures, il en a rien &#233;t&#233; la croissance est rest&#233;e soutenue et les banques universelles ont affich&#233; des r&#233;sultats &#233;lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois candidats th&#233;oriques s'offrent pour expliquer cette r&#233;silence d'un syst&#232;me qui subit depuis 1996 des chocs &#224; r&#233;p&#233;tition sans plier : la qualit&#233; des politiques macro&#233;conomiques men&#233;es, la mondialisation et la nouvelle r&#233;volution industrielle. La th&#232;se que nous voudrions avancer ici est qu'il y a bien eu av&#232;nement d'une nouvelle &#233;conomie au cours des 20 derni&#232;res ann&#233;es et m&#234;me d'un nouveau capitalisme dont la caract&#233;ristique commune r&#233;side dans le r&#244;le central de la finance de march&#233;. La gestion macro&#233;conomique par Alan Greenspan a certes &#233;t&#233; remarquable mais c'est la capacit&#233; &#224; piloter le cycle par la politique mon&#233;taire qui l'est davantage. Or au c&#339;ur de cette action, il y a le dialogue avec les march&#233;s financiers comme l'a bien montr&#233; Anton Brender. L'intervention de la banque centrale am&#233;ricaine a contribu&#233; &#224; amortir les effets de la crise. Les m&#233;nages ont emprunt&#233;, engendrant une flamb&#233;e immobili&#232;re ; gr&#226;ce aux outils de mon&#233;tisation des actifs immobiliers, la consommation a permis la reprise de l'activit&#233;, et le retour des investissements : les effets de la crise ont &#233;t&#233; limit&#233;s. Dans la mesure o&#249; le risque n'&#233;tait pas port&#233; par les banques, mais qu'il &#233;tait dilu&#233;, pulv&#233;ris&#233; en fines particules sur l'ensemble de la population, les effets des krachs financiers sur l'&#233;conomie dans son ensemble ont &#233;t&#233; mineurs. La finance de march&#233; a jou&#233; un r&#244;le tout aussi d&#233;cisif dans la rapidit&#233; du red&#233;ploiement des grands groupes industriels et financiers. Depuis 20 ans, on assiste au recul inexorable du &#171; stakeholer capitaism&#034; au profit d'un &#034;shareholder capitalism &#187; de plus en plus d&#233;complex&#233;. Or la logique de cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire a contribu&#233; &#224; financiariser la strat&#233;gie des firmes. Comment comprendre les tendances lourdes actuelles au recentrage (refocussing), &#224; l'externalisation (outsourcing) et &#224; la d&#233;localisation (offshoring) sans int&#233;grer la dimension financi&#232;re. Certes la mondialisation et la r&#233;volution des technologies de l'information cr&#233;ent des opportunit&#233;s pour la croissance et le red&#233;ploiement des grands groupes. Mais &#224; la base de ces strat&#233;gies il y a la pression grandissante que subissent les entreprises c&#244;t&#233;es pour tirer le meilleur profit du capital mobilis&#233;. C'est parce que les op&#233;rateurs des march&#233;s financiers pr&#233;f&#232;rent faire eux m&#234;mes les choix d'allocation d'actifs qu'ils refusent &#224; l'entreprise de se comporter en conglom&#233;rat et l'incitent &#224; se recentrer sur son c&#339;ur de m&#233;tier et &#224; se mondialiser. C'est parce que l'entreprise applique cette logique &#224; son portefeuille d'activit&#233;s qu'elle en vient progressivement &#224; l'appliquer aussi &#224; sa cha&#238;ne de valeur et qu'elle finit pas d&#233;cider ce qu'elle entend ma&#238;triser dans ses diff&#233;rents process et ce qu'elle peut externaliser, am&#233;liorant ainsi le rendement du capital employ&#233;. Enfin la derni&#232;re &#233;tape pour une entreprise confort&#233;e dans son c&#339;ur de m&#233;tier consiste &#224; s'interroger sur la meilleure localisation sur la surface de la plan&#232;te de chaque segment d'activit&#233;. Aucun de ses d&#233;veloppements n'aurait &#233;t&#233; possible si la mondialisation n'avait unifi&#233; les march&#233;s et si les technologies de l'information n'avaient permis de g&#233;rer cette entreprise &#233;clat&#233;e et recombin&#233;e autour d'un r&#233;seau g&#233;rant simultan&#233;ment des flux de donn&#233;es de biens et des flux financiers. La finance de march&#233; n'a pas seulement p&#233;n&#233;tr&#233; l'entreprise, red&#233;fini les modes de consommation, fourni un relais d&#233;cisif pour la r&#233;gulation macro&#233;conomique, elle est aussi devenue centrale dans la gestion des retraites, dans les finances locales, dans la dynamique des march&#233;s immobiliers. A titre d'exemple, un instrument financier permet aux m&#233;nages am&#233;ricains de s'endetter sur l'appr&#233;ciation de leurs actifs immobiliers, ainsi ils peuvent continuer &#224; consommer m&#234;me en situation de stagnation &#233;conomique et de faible &#233;pargne gr&#226;ce &#224; cette mon&#233;tisation partielle de leurs actifs immobiliers. Ce ph&#233;nom&#232;ne de mon&#233;tisation des actifs permet de comprendre la dynamique m&#234;me de la consommation aux Etats-Unis. La finance est devenue la poutre ma&#238;tresse de cette &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#224; la diff&#233;rence du Japon ou de l'Allemagne, la crise financi&#232;re n'a pas atteint les banques, n'a pas produit de &#171; credit crunch &#187;, c'est bien s&#251;r &#224; cause du d&#233;veloppement financier am&#233;ricain et de la dissociation progressive des logiques d'octroi et de gestion de cr&#233;dit d'un c&#244;t&#233;, d'&#233;valuation et de gestion du risque de l'autre. La naissance d'une industrie du risque capable d'inventer des produits pour des preneurs et des vendeurs de risques, capable aussi de les manufacturer en tranches de toxicit&#233; diff&#233;rente et capables surtout de les diss&#233;miner largement pour &#233;viter que des crises ponctuelles ne se transforment en crises syst&#233;miques, a &#233;t&#233; une des grandes innovations de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance de march&#233; que chacun se plait &#224; d&#233;crier, souvent &#224; juste titre, est donc au c&#339;ur des transformations les plus d&#233;cisives du capitalisme contemporain. A partir de l&#224; deux questions majeures se posent. La premi&#232;re a trait &#224; l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne d&#233;crit, s'agit-il d'un d&#233;veloppement am&#233;ricain sp&#233;cifique ou d'un ph&#233;nom&#232;ne plus fondamental. La deuxi&#232;me a trait &#224; la r&#233;gulation d'un tel syst&#232;me. Les crises Enron / Worldcom ont montr&#233; les d&#233;faillances majeures d'un syst&#232;me de fraude qui a r&#233;v&#233;l&#233; la faiblesse des &#171; gardiens &#187;. Qui gardera les gardiens dans le n&#233;o-capitalisme financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(b)La dynamique de financiarisation &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on se limite &#224; la seule dynamique du capital, deux &#233;volutions majeures sont intervenues au cours des vingt derni&#232;res ann&#233;es : la r&#233;volution des droits de propri&#233;t&#233; et la d&#233;sinterm&#233;diation du financement des entreprises.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le retour des droits de propri&#233;t&#233; a pris une forme visible avec la conversion des entreprises au discours et &#224; la pratique de la cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire. Souvenons nous il y a simplement une vingtaine d'ann&#233;es on parlait encore de pouvoir de la technostructure, d'entreprises qui conciliaient int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s, des actionnaires et des consommateurs, le capitalisme des &#171; parties prenantes &#187; dominait partout ; on parlait m&#234;me d'entreprises citoyennes. Le credo a radicalement chang&#233; dans les ann&#233;es 90 : l'entreprise a &#233;t&#233; somm&#233;e de ne poursuivre qu'une ambition : maximiser la cr&#233;ation de valeur pour l'actionnaire et ses dirigeants ne devaient plus ob&#233;ir qu'&#224; un ma&#238;tre : l'actionnaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
La deuxi&#232;me grande transformation du capitalisme est la d&#233;sinterm&#233;diation du financement de l'&#233;conomie, ou, autrement dit, la financiarisation de l'&#233;conomie. L'ouvrage de Michel Albert, Capitalisme contre capitalisme, opposait le capitalisme interm&#233;di&#233; rh&#233;nan, caract&#233;ris&#233; par le contrat social institutionnalis&#233; et le financement par les hausbank au mod&#232;le am&#233;ricain du capitalisme financier, marqu&#233; par le contrat d'entreprise et la finance de march&#233;. Les capitalismes fran&#231;ais et allemand ont longtemps &#233;t&#233; des capitalismes interm&#233;di&#233;s. En Allemagne, les banques, l'Etat, les partenaires sociaux &#233;taient tous partis prenantes du contrat social. Le capital &#233;tait limit&#233; par le compromis social ; les d&#233;tenteurs ultimes du capital n'&#233;taient pas ceux qui exer&#231;aient le pouvoir du capital. Les banques pr&#234;taient aux entreprises, elles collectaient les droits de vote des actionnaires, elles si&#233;geaient dans les conseils et garantissaient ainsi les strat&#233;gies industrielles de long terme. Dans le mod&#232;le fran&#231;ais traditionnel, l'Etat jouait un r&#244;le majeur dans la r&#233;gulation &#233;conomique, dans l'&#233;laboration du contrat social, et dans l'articulation capital/pouvoir. A l'inverse, le mod&#232;le am&#233;ricain &#233;tait celui du capitalisme de march&#233; financier. Dans ce mod&#232;le, les entreprises se financent directement sur le march&#233;, en faisant appel &#224; l'&#233;pargne des m&#233;nages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande &#233;volution des 20 derni&#232;res ann&#233;es r&#233;side dans le recul du capitalisme interm&#233;di&#233;. En France, ce recul se manifeste par le retrait de l'Etat avec les privatisations. En Allemagne, il s'exprime par le retrait des grandes banques allemandes et de leur r&#244;le de t&#234;te de r&#233;seaux des entreprises. De plus en plus d'entreprises, mais aussi de m&#233;nages ont recours au march&#233; financier. &lt;br class='autobr' /&gt;
En effet, dans la conception ant&#233;rieure de l'entreprise, l'entreprise &#233;tait une instance d'arbitrage qui conciliait des int&#233;r&#234;ts divergents : les int&#233;r&#234;ts du consommateur &#224; travers la baisse de prix, les int&#233;r&#234;ts des actionnaires &#224; travers les dividendes, et les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s &#224; travers la redistribution de la richesse cr&#233;&#233;e. A cet &#233;gard, le management de l'entreprise - d&#233;crit notamment par Galbraith - reposait sur le mod&#232;le du stakeholders, mod&#232;le de conciliation d'int&#233;r&#234;ts divergents. Aujourd'hui, la logique dominante est celle du shareholders avec comme objectif la maximisation de la valeur pour l'actionnaire. Le d&#233;fi pour ce nouveau capitalisme est par cons&#233;quent de faire co&#239;ncider, d'aligner les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s sur les int&#233;r&#234;ts des actionnaires. Les stock-options, la distribution gratuite d'actions sont les principales r&#233;ponses mises en place par le nouveau management salari&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette &#233;volution s'accompagne du d&#233;veloppement d'une puissante industrie financi&#232;re, charg&#233;e d'analyser, de placer, d'assurer, de noter, de g&#233;rer le capital et son &#233;volution. Ces r&#244;les &#233;taient autrefois occup&#233;s par l'Etat, ou les grandes banques, acteurs centraux de l'octroi de cr&#233;dit. Dor&#233;navant, l'analyse du risque est op&#233;r&#233;e par cette nouvelle industrie : la r&#233;f&#233;rence n'est plus le cr&#233;dit, mais le capital action, l'equity. L'action, la fraction de capital, par d&#233;finition n'est pas interm&#233;di&#233;e. L'&#233;pargnant souscrit au capital d'une entreprise via une Sicav, un fonds de pension, qui n'a qu'un mandat de gestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re conclusion s'impose &#224; ce stade : sous les effets combin&#233;s de la mondialisation et de la financiarisation, les vari&#233;t&#233;s nationales de capitalisme sont en train de converger &#224; l'&#233;tage du capital tout en divergeant &#224; l'&#233;tage de la r&#233;gulation et du social. Cette &#233;volution nourrit en retour un d&#233;bat sur l'&#233;ventuelle contagion du nouvel ordre capitaliste sur l'ensemble des dimensions des r&#233;gimes &#233;conomiques et sociaux nationaux. Fritz Scharpf, le th&#233;oricien de la social-d&#233;mocratie allemande pense que la contagion n'est qu'affaire e temps. Robert Boyer, &#224; l'inverse, continue &#224; plaider pour le maintien de la diversit&#233; des vari&#233;t&#233;s capitalistes nationales.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette convergence &#224; l'&#233;tage capitaliste de r&#233;gimes &#233;conomiques qui restent diversifi&#233;s est port&#233;e par une double dynamique d'innovation financi&#232;re et de r&#233;gulation. L'explosion actuelle de la titrisation, de la finance structur&#233;e, des produits d&#233;riv&#233;s sont autant d'expressions de cette dynamique d'innovation financi&#232;re. La croissance parall&#232;le des r&#233;gulations financi&#232;res, l'affirmation de l'autorit&#233; de la SEC, et par dessus tout la naissance d'une industrie du risque avec ses agences de notation, ses analystes, ses gestionnaires de fonds pouvaient laisser penser qu'un contr&#244;le &#224; la mesure des risques pris s'exer&#231;ait. Or les affaires Enron/Worldcom ne nous ont pas seulement confirm&#233; que la fraude massive pouvait prosp&#233;rer malgr&#233; les probl&#232;mes de r&#233;putation, la sanction du march&#233;, les contr&#244;les des r&#233;gulateurs, elles nous ont surtout r&#233;v&#233;l&#233; que la r&#233;gulation &#233;tait toujours en retard d'une innovation et que les int&#233;r&#234;ts constitu&#233;s de l'industrie financi&#232;re usaient de toutes les techniques disponibles dans une d&#233;mocratie repr&#233;sentative pour retarder l'ajustement de la r&#233;gulation aux nouvelles technologies financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les affaires Enron/Worldcom ont aussi produit un double effet de grande port&#233;e. D'une part l'id&#233;ologie de l'autor&#233;gulation par les professionnels et de l'automaticit&#233; de la sanction des march&#233;s a recul&#233;. Ce que Stiglitz nomme l'int&#233;grisme de march&#233; a connu sa d&#233;b&#226;cle avec l'&#233;clatement de la bulle et les scandales qui ont suivi. Ce sont les lobbystes des march&#233;s qui au Congr&#232;s ont &#233;t&#233; contraints de passer la Loi Sarbanes Oxley qui multiplie et raffine les contr&#244;les tout en aggravant les sanctions l&#233;gales. D'autre part la faillite provisoire de la SEC au lendemain du krach a imm&#233;diatement suscit&#233; le bourgeonnement d'autres instances de r&#233;gulation au niveau des etats. L'action d'un Eliot Spitzer a New York en fournit la preuve. La r&#233;gulation sans les contre pouvoirs d'une d&#233;mocratie repr&#233;sentative n'est rien. Le nouvel &#226;ge de la r&#233;gulation du capitalisme de march&#233;s financiers l'illustre avec &#233;clat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.alternatives-economiques.fr" class="spip_out"&gt;&lt;i&gt;Alternatives &#233;conomiques&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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