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	<title>Elie Cohen</title>
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	<description>Directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS, &#201;lie Cohen est un &#233;conomiste dont les champs de recherche vont de l'&#233;conomie industrielle aux politiques publiques, de l'&#233;conomie internationale &#224; l'&#233;conomie politique de l'innovation.</description>
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		<title>L'exception culturelle</title>
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		<dc:subject>Commerce mondial</dc:subject>
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		<dc:subject>Culture</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est &#224; l'occasion du Cycle de l'Uruguay que la question des restrictions nationales &#224; la diffusion d'&#339;uvres &#233;trang&#232;res a &#233;t&#233; soulev&#233;e par les Etats Unis, en r&#233;ponse &#224; la Directive &#171; T.V. sans fronti&#232;res &#187; qui redoublait les quotas nationaux par des quotas europ&#233;ens. Le GATT a adopt&#233; un compromis provisoire, reconnaissant d'un c&#244;t&#233; une &#171; exception g&#233;n&#233;rale &#187; - pour les dispositifs r&#233;glementaires nationaux li&#233;s &#224; &#171; la protection des tr&#233;sors nationaux de valeur artistique, arch&#233;ologique ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://elie-cohen.eu/+-Culture-+.html" rel="tag"&gt;Culture&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est &#224; l'occasion du Cycle de l'Uruguay que la question des restrictions nationales &#224; la diffusion d'&#339;uvres &#233;trang&#232;res a &#233;t&#233; soulev&#233;e par les Etats Unis, en r&#233;ponse &#224; la Directive &#171; T.V. sans fronti&#232;res &#187; qui redoublait les quotas nationaux par des quotas europ&#233;ens. Le GATT a adopt&#233; un compromis provisoire, reconnaissant d'un c&#244;t&#233; une &#171; exception g&#233;n&#233;rale &#187; - pour les dispositifs r&#233;glementaires nationaux li&#233;s &#224; &#171; la protection des tr&#233;sors nationaux de valeur artistique, arch&#233;ologique ou historique &#187; - et de l'autre une disposition sp&#233;cifique pour le cin&#233;ma, les autres secteurs d'activit&#233; culturelle relevant des dispositions g&#233;n&#233;rales de l'accord. Les dispositions du GATS, en particulier, font obligation aux pays membres, &#224; d&#233;faut du respect de la clause de la nation la plus favoris&#233;e, de respecter la clause du traitement national. La querelle commerciale, r&#233;activ&#233;e au moment de la n&#233;gociation de l'AMI, &#233;tait donc programm&#233;e pour Seattle. Elle reste pendante. Sur quelles bases un nouvel accord pourrait-il &#234;tre conclu et dans quelle enceinte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse &#233;conomique fournit quelques bases th&#233;oriques pour penser &#171; l'exception culturelle &#187;, notamment dans le domaine des biens audiovisuels. Une industrie comme le cin&#233;ma est typiquement une industrie &#224; rendements croissants - qu'il y ait 10.000 ou 1 million de spectateurs, le co&#251;t de production d'un film reste le m&#234;me. Il y a donc un avantage majeur pour le producteur qui peut viser d'embl&#233;e un march&#233; &#233;tendu. Ces rendements croissants cr&#233;ent une barri&#232;re &#224; l'entr&#233;e qui peut justifier une intervention publique, soit pour rendre concurrentielle une industrie nationale visant le march&#233; mondial, soit pour prot&#233;ger une industrie nationale. Par ailleurs, on peut imaginer qu'en mati&#232;re de biens culturels, il y ait un d&#233;sir de diversit&#233;. Or, le jeu du march&#233; pourrait finir par &#233;liminer des productions locales. La mise en concurrence de produits amortis et de produits originaux peut faire obstacle &#224; la r&#233;v&#233;lation de la &#171; disposition &#224; payer &#187; des spectateurs. Enfin, la culture nationale est un bien public producteur d'effets externes. Une pure proc&#233;dure de march&#233; serait donc moins efficace qu'une proc&#233;dure de subvention. Si le protectionnisme tarifaire ne r&#233;sout pas correctement ces probl&#232;mes, il n'en demeure pas moins l&#233;gitime de subventionner la cr&#233;ation et la diffusion d'&#339;uvres culturelles soumises &#224; la loi des rendements croissants. Le probl&#232;me change alors de nature. La question devient : qui d&#233;cide des crit&#232;res d'octroi des subventions et qui en &#233;value l'utilisation, l'efficacit&#233; ? En l'absence d'une telle &#233;valuation, la promotion de l'exception culturelle a les m&#234;mes effets que des mesures protectionnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un examen des pratiques r&#233;ellement &#224; l'&#339;uvre livre cependant une image moins manich&#233;enne que celle habituellement expos&#233;e : le conflit n'oppose pas seulement les partisans d&#233;sint&#233;ress&#233;s des &#339;uvres de l'esprit et les d&#233;fenseurs agressifs d'un libre &#233;change int&#233;gral, dont on vient de voir qu'il n'est pas parfaitement fond&#233; en th&#233;orie. Les souverainistes culturels peuvent &#234;tre aussi des protectionnistes et les libre &#233;changistes militants peuvent vouloir servir les int&#233;r&#234;ts d'une industrie monopolistique. D'un c&#244;t&#233; en effet, dans un pays comme la France, une politique protectionniste appliqu&#233;e aux &#339;uvres cin&#233;matographiques et audiovisuelles &#224; base d'aides &#224; la production et de quotas de diffusion, ne parvient ni &#224; enrayer le d&#233;clin des &#339;uvres originales en langue nationale, ni &#224; produire des &#339;uvres exportables - on constate en revanche une inflation g&#233;n&#233;rale des co&#251;ts de production, stimul&#233;e par la garantie de diffusion et les subventions &#224; la production. De l'autre c&#244;t&#233;, la taille du bassin linguistique anglophone, la puissance des multinationales de l'imaginaire et leur contribution &#224; la balance commerciale am&#233;ricaine, cr&#233;ent une pression forte au d&#233;veloppement in&#233;gal et &#224; la g&#233;n&#233;ralisation des r&#232;gles commerciales standard au secteur des industries culturelles. Distributions de rentes d'un c&#244;t&#233;, profits de monopole de l'autre : la question ne peut &#234;tre tranch&#233;e d'un strict point de vue &#233;conomique. Il est donc peu justifi&#233; de demander le d&#233;mant&#232;lement des aides publiques &#224; la cr&#233;ation, ou m&#234;me un traitement &#233;galitaire, en mati&#232;re de diffusion, entre le monopoleur et le domin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons &#224; pr&#233;sent, dans une perspective de politiques publiques nationales, les objectifs et effets d'une politique d'exception culturelle. Personne ne nie que la langue, les &#339;uvres de l'esprit et par cons&#233;quent les industries culturelles, forment le noyau dur de l'identit&#233; nationale. Il semble l&#233;gitime de d&#233;fendre la cr&#233;ation, de soutenir la diversit&#233; et la pluralit&#233; de la production audiovisuelle, de prot&#233;ger l'industrie nationale de programmes. Mais s'il ne s'agissait que de prot&#233;ger les &#339;uvres originales des cr&#233;ateurs, la difficult&#233; ne serait pas bien grande. Nul ne conteste le m&#233;c&#233;nat dans les arts lyriques, les arts graphiques. Nul ne refuse &#224; l'Etat ou aux fondations le droit d'aider &#224; la cr&#233;ation litt&#233;raire, musicale, architecturale. Nul, enfin, ne met en cause la protection du patrimoine national par des moyens r&#233;glementaires, une limitation des droits de propri&#233;t&#233; et des obstacles &#224; la circulation des biens. Le probl&#232;me se pose en fait essentiellement pour le cin&#233;ma et l'audiovisuel, &#171; 7&#232;me &#187; et &#171; 8&#232;me &#187; arts - et en m&#234;me temps, puissantes industries de distraction. Les diff&#233;rentes tentatives visant &#224; distinguer selon les genres, la qualit&#233;, l'originalit&#233; des &#339;uvres, n'ont gu&#232;re &#233;t&#233; concluantes. D&#232;s lors, les pays qui d&#233;fendent l'exception culturelle oscillent entre promotion de la langue nationale, des producteurs nationaux, des &#339;uvres tourn&#233;es sur le sol national. Ces pays h&#233;sitent &#233;galement sur la structure d'incitations : mesures g&#233;n&#233;rales, aides cibl&#233;es, incitations fiscales. Ils interviennent sur tout ou partie de la fili&#232;re, car selon les &#233;poques, c'est tel ou tel maillon qui est consid&#233;r&#233; comme crucial. La question qui se pose alors est de savoir si les b&#233;n&#233;fices culturels de la protection l'emportent sur les co&#251;ts de la distribution des rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici il faut op&#233;rer une distinction entre cin&#233;ma et audiovisuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;rons d'abord le cas de l'audiovisuel. La France, qui recourt &#224; une politique de quotas de diffusion, a une performance bien plus m&#233;diocre, en mati&#232;re de diffusion d'&#339;uvres originales fran&#231;aises, que les Anglais ou les Allemands, qui n'affichent, eux, que des quotas d'&#339;uvres europ&#233;ennes. Le volume de fiction nationale diffus&#233;e est trois fois moindre en France qu'en Allemagne. S'agissant des quotas et des obligations d'investissement en mati&#232;re de production, la performance fran&#231;aise est une fois encore plus m&#233;diocre que celle des Allemands et des Britanniques, qui ne recourent pourtant pas aux obligations de production. Le r&#233;sultat est donc particuli&#232;rement m&#233;diocre pour le pays le plus r&#233;gul&#233;, la France, dont les &#233;crans doivent finalement &#234;tre remplis par la fiction am&#233;ricaine. Pour mesurer le rayonnement de l'audiovisuel europ&#233;en, consid&#233;rons maintenant les donn&#233;es d'exportation. Force est de constater que la France exporte moins que l'Allemagne ou le Royaume Uni. Paradoxe ultime, le champion de l'exception culturelle est celui qui d&#233;pense le moins en programmes produits rapport&#233;s au PIB (0,21% pour la France contre 0,43% pour le Royaume Uni). Ce r&#233;sultat n'est pourtant surprenant qu'en apparence : le caract&#232;re militant du discours fran&#231;ais masque l'indigence des concours publics (5,8mmf pour F2/F3 contre 13 mmf pour la BBC et 18 mmf pour ARD/ZDF).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons au cin&#233;ma. Le cin&#233;ma fran&#231;ais est le premier d'Europe en termes de volume. Une aide publique multiforme et massive y a consid&#233;rablement facilit&#233; l'entr&#233;e des jeunes cr&#233;ateurs. Les dotations publiques sont plus faibles en France qu'en Italie ou en Allemagne, mais les financements obligatoires par les TV et les taxes parafiscales y sont nettement plus &#233;lev&#233;es qu'ailleurs. Des t&#233;l&#233;visions oblig&#233;es de contribuer &#224; la production cin&#233;matographiques, des moyens rendus disponibles par les canaux fiscaux et financiers, la baisse progressive du nombre de spectateurs dans les salles pour les films fran&#231;ais, tout cela a contribu&#233; &#224; d&#233;velopper un cin&#233;ma sans spectateurs, co&#251;teux, fabriqu&#233; par une myriade de petites soci&#233;t&#233;s b&#233;n&#233;ficiant de rentes t&#233;l&#233;visuelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Finalement, l'analyse des politiques publiques men&#233;es en mati&#232;re audiovisuelle et cin&#233;matographique en France n'est gu&#232;re conclusive : il n'est pas ais&#233; de faire la part entre la promotion l&#233;gitime d'une culture nationale, la main mise, par des int&#233;r&#234;ts constitu&#233;s, sur la rente publique, et la qualit&#233; d'&#339;uvres rencontrant leurs publics. Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; une telle question ne peut &#234;tre que politique. Il est faux de pr&#233;tendre que la seule d&#233;fense l&#233;gitime de la diversit&#233; culturelle passe par l'&#233;tablissement d'un cadre l&#233;gal propice &#224; l'&#233;mergence libre d'&#339;uvres de l'esprit, qui pourraient trouver par leurs propres m&#233;rites un public, un march&#233;, une viabilit&#233; &#233;conomique. Il est &#233;galement faux de pr&#233;tendre que la tradition colbertiste, longtemps justifi&#233;e par le g&#233;nie national, et remise en cause dans tous les secteurs &#233;conomiques, peut &#234;tre pr&#233;serv&#233;e sans autre forme de questionnement dans le domaine des industries culturelles. En revanche, dans des domaines aussi sensibles, tant qu'une nouvelle r&#232;gle commune n'est pas adopt&#233;e, on ne peut laisser &#224; l'OMC le soin de trancher en ces mati&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans des soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques pluralistes, une croyance largement partag&#233;e a une force r&#233;elle, m&#234;me si elle est fond&#233;e sur un calcul &#233;conomique erron&#233; et sur une vision tronqu&#233;e des effets de la politique publique. Ainsi, les revendications d'exception culturelle peuvent avoir des soutiens et une popularit&#233; incitant les autorit&#233;s politiques &#224; en accepter le co&#251;t prohibitif en termes commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut faire l'OMC dans un tel contexte ? Il est aujourd'hui tenu par les Accords de Marrakech, qui comportent une clause d'exception culturelle provisoire. L'&#233;chec de l'AMI conduit &#224; reposer la question . Mais le sujet n'est plus vierge, des forces se sont manifest&#233;es, des engagements ont &#233;t&#233; pris - les experts ont m&#234;me appris &#224; douter des &#233;valuations optimistes sur les b&#233;n&#233;fices d'un d&#233;sarmement commercial maximal. Un nouvel accord suppose qu'en mati&#232;re culturelle au moins, on reconnaisse la primaut&#233; de l'Etat d&#233;mocratique sur la firme : aucun ordre juridique ne peut les mettre &#224; &#233;galit&#233;. Cela suppose aussi d'accepter qu'on pr&#233;serve les formes institutionnelles nationales travaillant &#224; la promotion des &#339;uvres nationales. Cela suppose, enfin, d'accepter que des firmes nationales profitant de ces particularismes se trouvent ipso facto prot&#233;g&#233;es. En m&#234;me temps, les pays qui, tels les Etats Unis, ont fait de l'industrie culturelle un des points forts de leur sp&#233;cialisation, peuvent difficilement accepter de la voir exclue des proc&#233;dures commerciales classiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait proposer cette solution : d&#233;finir, dans des enceintes appropri&#233;es comme l'Unesco, ce qui rel&#232;ve d'une protection de la diversit&#233; culturelle justifiant une forme d'exception culturelle. Faute de quoi, l'ORD sera un jour saisi et tranchera sur la base de consid&#233;rations juridico-marchandes. Mais l'universel marchand, sauf &#224; miner sa l&#233;gitimit&#233;, doit composer avec la diversit&#233; culturelle et l'universel d&#233;mocratique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le principe de diversit&#233; culturelle ouvrant droit &#224; une exception culturelle sp&#233;cifi&#233;e pourrait ainsi constituer le laboratoire d'une nouvelle conception de la mondialisation sachant concilier la norme d'ouverture commerciale avec celle du respect de la diversit&#233; culturelle, la norme de l'organisation internationale sp&#233;cialis&#233;e avec celle de l'OMC, la norme d&#233;mocratique nationale avec l'universel des droits culturels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.lemonde.fr" class="spip_out"&gt;&lt;cite&gt;Le Monde des Livres&lt;/cite&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;L'argumentation &#233;conomique s'appuie sur la contribution intitul&#233;e &#171; La guerre des cultures aura-t-elle lieu &#187; in Ramses 1999 p 275-291&lt;br /&gt; Barnett Richard et Cavanagh John, Global dreams, Imperial Corporations and the New World Order, New York, Simon &amp; Schuster 1994&lt;br /&gt; Je remercie JLMissika de m'avoir communiqu&#233; ces donn&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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