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	<title>Elie Cohen</title>
	<link>http://elie-cohen.eu/</link>
	<description>Directeur de recherche &#233;m&#233;rite au CNRS, &#201;lie Cohen est un &#233;conomiste dont les champs de recherche vont de l'&#233;conomie industrielle aux politiques publiques, de l'&#233;conomie internationale &#224; l'&#233;conomie politique de l'innovation.</description>
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		<title>D&#233;bat : Le capitalisme est-il menac&#233; ?</title>
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		<dc:date>2005-10-01T13:46:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Gouvernement des entreprises</dc:subject>
		<dc:subject>Vari&#233;t&#233;s nationales</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme managerial</dc:subject>
		<dc:subject>Capitalisme actionnarial</dc:subject>
		<dc:subject>Crises du capitalisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A l'heure o&#249; plus personne ne conteste l'&#233;conomie de march&#233;, quatre grands sp&#233;cialistes r&#233;unis par L'Express confrontent leurs inqui&#233;tudes et leurs propositions.&lt;br /&gt;
D&#233;bat avec, Elie Cohen, Jean-Luc Gr&#233;au, Jean Peyrelevade et Patrick Artus pour &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="http://elie-cohen.eu/+-Crises-du-capitalisme-+.html" rel="tag"&gt;Crises du capitalisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;A l'heure o&#249; plus personne ne conteste l'&#233;conomie de march&#233;, quatre grands sp&#233;cialistes r&#233;unis par L'Express confrontent leurs inqui&#233;tudes et leurs propositions.&lt;br /&gt;
D&#233;bat avec, Elie Cohen, Jean-Luc Gr&#233;au, Jean Peyrelevade et Patrick Artus pour &lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/capitalisme/dossier.asp?ida=435354&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Lire sur lexpress.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Se souvient-on de cette &#233;poque lointaine o&#249; les ennemis du capitalisme pr&#233;disaient avec confiance sa disparition in&#233;luctable ? Apr&#232;s l'effondrement politique, &#233;conomique et moral du syst&#232;me socialiste, plus personne &#224; gauche ne s'engage d&#233;sormais &#224; sortir de l'&#233;conomie de march&#233;, Attac ne proposant que de la &#171; contr&#244;ler &#187;. Aujourd'hui, ce sont para-doxalement les d&#233;fenseurs du capitalisme et ses meilleurs connaisseurs qui se r&#233;v&#232;lent les plus critiques sur son &#233;volution au point de s'inqui&#233;ter tr&#232;s s&#233;rieusement pour son avenir. L'on se souvient du message de panique _ &#171; le capitalisme perd la t&#234;te &#187; _ lanc&#233; il y a quel-ques ann&#233;es par Joseph Stiglitz, ancien conseiller de Bill Clinton et de la Banque mondiale ainsi que de la d&#233;nonciation de la &#171; chienlit laisser-fairiste &#187; du prix Nobel d'&#233;conomie Maurice Allais. En quelques mois, quatre sp&#233;cialistes fran&#231;ais alimentent cette inqui&#233;tude dans des ouvrages aux titres tr&#232;s explicites : Jean-Luc Gr&#233;au, ancien expert du Medef (L'Avenir du capitalisme, Gallimard), Patrick Artus, directeur des &#233;tudes &#233;conomiques de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et pro-fesseur &#224; Polytechnique (Le Capitalisme est en train de s'auto-d&#233;truire, La D&#233;couverte), Jean Peyrelevade, ancien patron du Cr&#233;dit Lyonnais (Le Capitalisme total, Seuil) et Elie Cohen (Le Nouvel age du capitalisme, Fayard). &lt;br /&gt; L'Express a r&#233;uni ces quatre grands experts pour constater leur accord sur le diagnostic _ le capitalisme file vraiment un mauvais coton _ et leurs divergences, gu&#232;re rassurantes, sur les solutions possibles.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; : Le capitalisme va donc si mal, au point de s'auto-d&#233;truire ?&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt; Patrick Artus &lt;/b&gt; : Si l'on est d'accord pour dire que l'efficacit&#233; d'un syst&#232;me &#233;conomique c'est sa capacit&#233; d'allouer les res-sources rares aux bons endroits aux bons mo-ments, l'&#233;volution actuelle du capitalisme est, de ce point de vue, inqui&#233;tante. La conjonction d'une exigence de rentabilit&#233; &#233;lev&#233;e de l'&#233;pargne et de la gestion de celle-ci par des professionnels en concurrence am&#232;ne &#224; privi-l&#233;gier les projets de court terme au d&#233;triment des projets de d&#233;veloppement et de recherche. Si l'&#233;pargnant veut 20 % de rentabilit&#233; du ca-pital, on va finir par arr&#234;ter les projets n&#233;ces-saires &#224; la croissance de long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade &lt;/b&gt; : Je suis d'accord sur les sympt&#244;mes &#224; condition d'ajouter qu'il ne s'agit pas d'un accident, mais d'une &#233;volution majeure dans la structure du capitalisme mondial. D'abord, dans la lutte entre le capital et le salariat, le capital a gagn&#233; et impose ses normes &#224; des salari&#233;s faibles, mal d&#233;fendus par des syndicats sans r&#233;el pouvoir. S'ajoute &#224; cela une dissociation dans la sph&#232;re m&#234;me du capital. Longtemps, le capitaliste &#233;tait &#224; la fois entrepreneur et propri&#233;taire : c'est le d&#233;sir d'entreprendre qui &#233;tait &#224; l'origine de l'accumulation et de l'exploitation d&#233;crites par Marx. Aujourd'hui les propri&#233;taires-actionnaires sont anim&#233;s par un d&#233;sir d'enrichissement qui n'a plus rien &#224; voir avec le d&#233;sir d'entreprendre. Le capitaliste d'aujourd'hui est anonyme, ces messieurs Tout le monde, ce sont les 300 millions d'actionnaires qu'il y a sur la plan&#232;te. Depuis 1947, la part des dividendes dans le revenu national, aussi bien au Etats-Unis qu'en France a quadrupl&#233;. Cela fait donc cinquante ans que la r&#233;mun&#233;ration des actions augmente &#224; peu pr&#232;s deux fois plus vite que le taux de croissance des &#233;conomies. Enfin, l'instrument m&#234;me de l'investissement &#224; long terme _ l'action _ est devenu le support tr&#232;s liquide des sp&#233;culations &#224; tr&#232;s court terme de la sph&#232;re financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean-Luc Gr&#233;au&lt;/b&gt; : Un foss&#233; s'est creus&#233; entre les dirigeants d'entreprise et les actionnaires. Alors que les salari&#233;s voient encore dans l'entreprise leur &#171; outil de produc-tion &#187;, les actionnaires la consid&#232;rent comme leur &#171; outil de rendement &#187;. D'o&#249; le ph&#233;no-m&#232;ne nouveau des rachats d'actions, justifi&#233; &#224; la fois par la crainte des OPA et par le souci d'augmenter la valeur des actions. En 2004 ces rachats sur le march&#233; de New-York ont atteint 269 milliards de dollars, soit plus de 2 % du PIB am&#233;ricain. Il s'agit l&#224; d'un sub-ventionnement contre-nature des fonds de pla-cement par les entreprises. Ainsi, les compa-gnies p&#233;troli&#232;res ont r&#233;alis&#233; des rachats d'actions pour des montants &#233;quivalant &#224; l'ensemble de leurs d&#233;penses d'exploration. Une partie de l'actuelle p&#233;nurie d'hydrocarbures provient du fait que ces entreprises, press&#233;es par leurs actionnaires, n'ont pas fait l'usage le plus efficace de leurs moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Comment un syst&#232;me capitaliste qui fait une crise majeure tous les 18 mois non seulement rebondit &#224; chaque fois mais permet une croissance mondiale en acc&#233;l&#233;ration constante : telle est la question que j'ai voulu traiter. La r&#233;silience du syst&#232;me et la volatilit&#233; des march&#233;s me semblent &#234;tre les facteurs cl&#233;s dont il faut rendre compte. Trois &#233;l&#233;ments permettent d'expliquer le nouveau cours. La qualit&#233; des politiques macro&#233;conomiques qui &#233;vitent l'approfondissement des crises. Le d&#233;veloppement d'une industrie financi&#232;re puissante qui agit comme courroie de transmission des politiques et comme machine &#224; redistribuer les risques. Et enfin la financia-risation des strat&#233;gies industrielles qui pousse &#224; l'am&#233;lioration constante des performances. La finance de march&#233; agit donc &#224; la fois comme r&#233;ducteur du risque en rapprochant offreurs et preneurs de risque et comme am-plificateur &#224; travers la sp&#233;culation. Le r&#233;sultat toutefois c'est que depuis 10 ans les crises asiatiques, LTCM, de la nouvelle &#233;conomie d'Enron etc... ont &#233;t&#233; absorb&#233;es sans dommage pour l'&#233;conomie m&#234;me si les d&#233;s&#233;quilibres persistent et s'aggravent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; : Ce chef d'entreprise que vous pr&#233;sentez comme la grande victime de l'actionnaire anonyme avide de rentabilit&#233;, a fini par accepter sa d&#233;faite moyennant partage des di-videndes...&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Ce n'est pas une d&#233;faite mais un changement de position. Avant, le manager &#233;tait un salari&#233; tr&#232;s bien pay&#233; (jusqu'&#224; 40 fois le salaire le plus bas) charg&#233; de la p&#233;rennit&#233; de l'entreprise et de la gestion de l'&#233;quilibre entre le capital et le travail. Aujourd'hui, avec un rapport d&#233;sormais de 1 &#224; 400 il n'est plus pay&#233; du tout comme un salari&#233;. A ainsi &#233;t&#233; fabriqu&#233;e une nouvelle cat&#233;gorie sociale, r&#233;mun&#233;r&#233;e, avec des stock-options, c'est-&#224;-dire encore mieux que les actionnaires puisqu'ils sont exon&#233;r&#233;s du risque de moins-value ! Ils ne sont plus que les servants z&#233;l&#233;s du vrai nouveau chef qu'est l'actionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Mais c'est parce que trop d'entreprises am&#233;ricaines, dans les an-n&#233;es 70, devenaient sous-performantes qu'elles furent d&#233;pec&#233;es par les raiders ! Beaucoup de chefs d'entreprises se sont simplement dit qu'ils pouvaient faire eux-m&#234;mes le travail de restructuration, de recentrage, de focalisation sur les activit&#233;s les plus performantes. Telle est la source de l'alignement de l'int&#233;r&#234;t des dirigeants sur celui des actionnaires au travers des stocks-options. Le probl&#232;me est qu'ils se sont mis &#224; n'&#233;couter que leur propre int&#233;r&#234;t en cr&#233;ant un gonflement artificiel de la valeur de leurs actions. Aujourd'hui d'autres techniques d'alignement des int&#233;r&#234;ts sont recherch&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Voil&#224; une vision ir&#233;nique des choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen &lt;/b&gt; : Non, c'est un constat historique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Patrick Artus&lt;/b&gt; : Oui, parce que si vous faites remarquer aux interm&#233;diaires fi-nanciers am&#233;ricains qu'ils font des choses ab-solument stupides en ne consid&#233;rant que la valeur instantan&#233;e des actifs au d&#233;triment du long terme, ils ne comprennent m&#234;me pas ce que vous leur dites ! La finance am&#233;ricaine rejette totalement ce genre de message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Rappelons que c'est le d&#233;veloppement des outils de retraite rendu n&#233;cessaire par le vieillissement de la population des pays d&#233;velopp&#233;s qui a permis l'&#233;mergence de cette formidable industrie financi&#232;re. Telle est bien l&#224; l'origine des fameux fonds de pension et de la prolif&#233;ration des m&#233;tiers de la finance ! Et l'absence de tels fonds en France a abouti &#224; ce que les deux tiers des actions issues des privatisations massives de ces vingt derni&#232;res ann&#233;es soient c&#233;d&#233;es &#224; des fonds de pension &#233;trangers ! Dr&#244;le de schizophr&#233;nie que celle de nos gouvernements de gauche et de droite qui ont d&#233;mantel&#233; les institutions d'un capitalisme autochtone pour favoriser un capitalisme de march&#233; financier aux mains d'investisseurs anglo-saxons ! Et ce sont les m&#234;mes qui parlent de patriotisme &#233;conomique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Patrick Artus&lt;/b&gt; : Le paradoxe in-croyable est que l'objectif initial de canaliser l'&#233;pargne vers des placements &#224; rentabilit&#233; maximale pour assurer les retraites futures aboutit souvent &#224; des investissements &#224; renta-bilit&#233; &#224; peu pr&#232;s nulle. L'argent des futurs re-trait&#233;s va de fait dans les actifs les moins effi-caces pour pr&#233;parer l'avenir, l'immobilier et les d&#233;ficits publics et de moins en moins dans le financement des entreprises. M&#234;me les fonds d'investissement (privaty equity), dont 90 % de l'argent allaient vers la cr&#233;ation d'entreprise avec des dur&#233;es de d&#233;tention pouvant aller jusqu'&#224; des dizaines d'ann&#233;es ont tourn&#233; casaque : l'ann&#233;e derni&#232;re, 85 % de leurs fonds sont all&#233;s vers des LBO, autrement dit des rachats avec des dur&#233;es de d&#233;tention extr&#234;mement courtes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Oui, c'est la contradiction m&#234;me du march&#233; financier ac-tuel : on finance des retraites avec des action-naires qui d&#233;tiennent leurs actions pendant une dur&#233;e moyenne de sept mois !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; : Le grand public a &#233;t&#233; frapp&#233; par les scandales r&#233;cents tels que les affaires Enron ou WorldCom mettant en sc&#232;ne des patrons fraudeurs et truqueurs de bilan. N'est-ce pas un d&#233;menti de l'utilitarisme lib&#233;ral qui pose que l'int&#233;r&#234;t cynique des acteurs &#233;conomiques fait le bien de tous ? &lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Comme tout syst&#232;me le capitalisme a ses escrocs. La r&#233;gulation est l&#224; pour assurer que le lien entre le capital qui commande et le chef d'entreprise qui ob&#233;it soit un lien pur, dans lequel il ne puisse pas y avoir de tromperie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean-Luc Gr&#233;au&lt;/b&gt; : Je pr&#233;f&#232;re parler de tentation plut&#244;t que d'escroquerie. Lorsque vous &#234;tes dirigeant et que vous poss&#233;dez de gros paquets d'actions de votre entreprise, vous ne pouvez qu'&#234;tre tent&#233; d'embellir ses comptes. Nous retrouvons l&#224; la pression financi&#232;re qui peut encourager la dissimulation. Le souci du l&#233;gislateur est justement de rendre transparente la relation du capital et de l'entreprise parce que l'entreprise a &#233;t&#233; d&#233;pouill&#233;e de l'autorit&#233; morale au profit du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Dans les affaires Enron, Worldcom ... y a eu un savant glissement de l'innovation financi&#232;re &#224; la d&#233;linquance financi&#232;re en passant par la cr&#233;ativit&#233; comptable. Il y a m&#234;me eu d&#233;faillance du r&#233;gulateur des march&#233;s mais prodige des contre pouvoirs, au cours des trois derni&#232;res ann&#233;es tout Wall Street a &#233;t&#233; tra&#238;n&#233; chez un petit attorney de New York et a du rendre des comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Parce qu'ils &#233;taient malhonn&#234;tes, qu'ils ne respectaient pas les r&#232;gles d'un enrichissement honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Donc, ce n'est pas, comme vous le dites parce que les gestionnaires de fonds imposent finalement leur morale ! Face &#224; un syst&#232;me qui accumule les d&#233;faillances, on a &#233;t&#233; capable, au c&#339;ur de l'&#233;t&#233; 2002 de produire une loi, d'arr&#234;ter des patrons d&#233;linquants et de poursuivre des analystes et des banquiers dissimulateurs. Il y a donc bien une s&#233;rie de contre-pouvoirs qui fonctionnent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : Mais cette r&#233;gulation n'est faite que pour que le syst&#232;me fonctionne parfaitement, &#224; l'int&#233;rieur de son propre syst&#232;me de valeurs. Or tous les hom-mes politiques, en particulier en France, croient, lorsque l'on parle de r&#233;gulation des march&#233;s financiers, qu'il s'agit de se doter d'instruments faisant pr&#233;valoir l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral au sens large sur celui des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt; Alors que la plupart des hommes politiques n'ont plus qu'un mot &#224; la bouche _ &#171; l'adaptation &#187; _ vous estimez tous au contraire qu'il faut r&#233;agir vite et changer quelques r&#232;gles suicidaires.&lt;/b&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Patrick Artus&lt;/b&gt; : Toutes les nouvelles r&#232;gles comptables conduisent de fa&#231;on aberrante &#224; ne juger les comptes que sur le court terme. Je crois au contraire que l'on pourrait avoir un autre cadre r&#233;glementaire et comptable qui change le pas de temps. On peut comprendre que les Sicav aient besoin d'&#234;tre &#233;valu&#233;es au jour le jour, mais cela n'est pas indispensable pour une soci&#233;t&#233; industrielle. Pourquoi publier les r&#233;sultats trimestriels d'une firme pharmaceutique ? Certaines entreprises d'ailleurs s'y refusent comme Porsche et que je sache elles ne s'en portent pas plus mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade&lt;/b&gt; : C'est une premi&#232;re piste. On pourrait &#233;galement favoriser par des dispositions r&#233;glementaires et &#233;ventuellement fiscales, un allongement de la dur&#233;e de d&#233;tention des actions pour l'harmoniser avec l'horizon de d&#233;veloppement des entreprises. Mais pour cela, il faudrait que les hommes politiques soient conscients des enjeux et pr&#234;ts &#224; se confronter avec l'industrie financi&#232;re dont la capacit&#233; de lobbying est consid&#233;rable. Il faut ensuite supprimer les stock-options et les distributions d'actions gratuites pour d&#233;connecter la r&#233;mun&#233;ration des patrons et des cadres sup&#233;rieurs de tout &#233;l&#233;ment boursier. Quitte &#224; les int&#233;resser au r&#233;sultat de l'entreprise car il s'agit alors d'une r&#233;f&#233;rence au r&#233;el et pas d'une repr&#233;sentation sp&#233;culative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean-Luc Gr&#233;au&lt;/b&gt; : Cela suffira-t-il &#224; changer l'esprit dans lequel fonctionne le syst&#232;me ? Je n'en suis pas s&#251;r, car je pense que les m&#339;urs &#233;conomiques et financi&#232;res du monde anglo-saxon ont gagn&#233; la partie. Je sugg&#232;re d'aller plus loin en cr&#233;ant, au niveau europ&#233;en, des fonds de placements d&#233;di&#233;s &#224; la d&#233;tention durable du capital des entreprises par un m&#233;canisme contractuel entre ces fonds et les entreprises. Je suis frapp&#233; par le fait que dans le monde de l'entreprise le contrat est partout : avec les fournisseurs, les clients, les banquiers, les salari&#233;s mais il n'existe pas avec les grands actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Elie Cohen&lt;/b&gt; : Il est vrai que l'on importe avec retard et souvent approximativement les principaux outils forg&#233;s aux Etats-Unis, cela favorise de fait l'&#233;mergence d'un capitalisme de la convergence et c'est d&#233;sormais &#224; l'int&#233;rieur de celui-ci qu'il faut penser parce que les mod&#232;les nationaux sont morts. Il pourrait, certes, y avoir une adaptation europ&#233;enne de ce capitalisme mais on n'a malheureusement pas saisi l'occasion des crises majeures r&#233;centes pour le faire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean-Luc Gr&#233;au&lt;/b&gt; : Parce que l'intelligence europ&#233;enne est au point mort et parce qu'elle refuse d'imaginer quelque chose d'autre que ce qui vient de Londres et de New York.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Jean Peyrelevade &lt;/b&gt; : Je vous rejoins dans le pessimisme mais je suis plus radical dans l'explication : une fois de plus c'est la puissance dominante qui impose son mod&#232;le. Et il ne faut pas oublier que la moiti&#233; des 300 millions d'actionnaires du monde sont am&#233;ricains, soit 5 % de la population mon-diale. Le capital mondial est d&#233;tenu &#224; 50 % par les Am&#233;ricains et la sph&#232;re financi&#232;re n'a jamais rien fait d'autre qu'imiter le mod&#232;le am&#233;ricain !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;b&gt;Patrick Artus&lt;/b&gt; : Le probl&#232;me est qu'il n'est pas &#233;vident que ce mod&#232;le fonc-tionne encore dans l'int&#233;r&#234;t des Etats-Unis... Pour r&#233;sumer, la question est de savoir s'il nous reste une marge de libert&#233; en Europe pour adopter sur certains points une logique diff&#233;rente de celle du monde anglo-saxon, ou s'il faut attendre que cela vienne du monde anglo-saxon lui-m&#234;me quand celui-ci r&#233;alisera qu'il vaut mieux changer...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Eric Conan et Sabine Delanglade&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lexpress.fr/info/economie/dossier/capitalisme/dossier.asp?ida=435354&#034; target=&#034;blank&#034;&gt;Lire sur lexpress.fr&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.lexpress.fr" class="spip_out"&gt;&lt;i&gt;L'Express&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
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