Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

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1999


Seattle, capitale du haute technologie et de la nouvelle économie, en état de siège, des manifestants venus du monde entier pour défendre des causes aussi différentes que la protection des baleines, la sidérurgie de Pittsburgh ou le fromage de brebis, des gouvernants désemparés : le cycle du Millénaire sensé relancer le processus de libéralisation de l’économie mondiale en a révélé les limites, il a favorisé l’émergence d’une société civile mondiale, il a en fait ouvert la question du gouvernement économique planétaire.
L’écart (...) [lire]

L’acte d’incrimination de Microsoft rédigé par le Juge Jackson est appelé à figurer dans les manuels. Il pose avec clarté quatre questions centrales sur la régulation des économies dans un monde ouvert en proie à de rapides mutations technologiques. La première porte sur la justification même de l’antitrust, faut-il encore des législations et des autorités antitrust dans une économie mondialisée ? La déréglementation ne s’impose-t-elle pas dans un monde ouvert où il ne peut subsister durablement de positions de (...) [lire]

La leçon Bull
La Croix, octobre 1999.
Il y a peu encore le Gouvernement, les analystes financiers et les commentateurs célébraient les vertus de la privatisation façon Bull. La méthode consistait à réunir un ensemble de partenaires industriels, à leur faire une place dans le capital, à désengager partiellement l’Etat et à distribuer généreusement des stocks options aux dirigeants. Le modèle Bull inventé par Thierry Breton fut un tel « succès » que la droite fit appel à ce même dirigeant pour présider Thomson Multimédia et la gauche vient de décider une (...) [lire]

L’empire Daewoo vacille sur ses bases. Une de ses poutres maîtresses, Daewoo Electronics, a déjà cédé et l’ensemble menace ruine ; il est aujourd’hui à la merci des créanciers internationaux et du Gouvernement coréen. Cette chute doit faire réfléchir sur l’avenir des chaebols, sur les limites des stratégies de rattrapage, sur le dévoiement des solutions mercantilistes, et sur les impasses du capitalisme autoritaire.
Mais ces débats ne sont pas d’actualité en France, où il est plutôt question de Longwy et de TMM. La (...) [lire]

La guerre des banques au delà de ses rebondissements et de ses effets directs est en passe de fournir une vivante leçon de choses économiques aux Français. Ceux-ci découvrent qu’ils ne sont plus maîtres chez eux, ils réalisent que les entreprises nationales sont de plus en plus largement contrôlées par les fonds de pension et les fonds mutuels anglo-américains. Et comme chaque fois que les Français peuvent apprendre de leur expérience collective, leurs dirigeants font tout pour que cette connaissance dérangeante (...) [lire]

En refermant le livre de Pierre Angel Gay et Caroline Monnot, François Pinault, milliardaire, on a peine à croire qu’un tel livre ait conduit un éditeur en vue à renoncer à sa publication pour ne pas encourir les foudres du maitre de la Fnac. Qu’y a t il donc de sulfureux dans le portrait d’un homme « parti de rien » comme dit la légende et parvenu au sommet de la gloire, de la fortune et de l’influence à force de volonté, de ruse, de manipulation, de brutalité mais aussi d’intelligence ?
Le grand mérite de nos (...) [lire]

Depuis deux ans les restructurations industrielles et financières impliquant l’Etat sont rondement menées. Là où le Gouvernement Juppé tergiversait, reculait et parfois même prêtait à la critique pour sa faiblesse coupable à l’égard de certains intérêts, DSK agit avec calme, professionnalisme et dénoue affaire après affaire tous les dossiers impossibles de l’ère précédente : CIC, Thomson, Aérospatiale, Crédit Lyonnais, GAN etc... On pourrait s’arrêter là et selon ses opinions vanter ou railler les talents de privatiseurs des (...) [lire]

Avec le développement des OPE hostiles, les Français, et apparemment leur ministre des finances avec eux, assistent médusés au triomphe de l’actionnaire : actionnaire institutionnel à travers les fonds de pension qui tranchent dans les OPA, actionnaires individuels organisés qui demandent des comptes, actionnaires-salariés enfin courtisés lors des batailles boursières et qui refusent d’être négligés le reste du temps. Cette découverte a au moins un mérite, celui de relativiser les discours sur la corporate (...) [lire]

Depuis l’arrivée au pouvoir du Gouvernement Schroeder le débat de politique économique européen a pris un singulier tournant : la nouvelle Allemagne exerce une pression continue sur la Banque Centrale européenne pour qu’elle baisse ses taux et facilite la relance, elle entend promouvoir des startégies coopératives en matière budgétaire, fiscale et sociale même au prix d’une moindre rigueur, elle se fait enfin la championne d’un nouvel ordre monétaire international basé sur des taux de change controlés (méthode dite des (...) [lire]

Rhône Poulenc après AGF sous contrôle allemand, Alcatel en état de choc, Bull et son agonie sans fin, Péchiney en recentrage continu, Thomson orphelin, Framatome en quête d’actionnaire ... mais que sont nos champions nationaux devenus ?
La lecture du dernier FT 500 fournit une illustration chiffrée de ce constat démoralisant. Seul un ancien monopole de service public partiellement privatisé, France Telecom figure parmi les 50 premières firmes mondiales. Il faut descendre jusqu’à la 317 ème place pour trouver St (...) [lire]

La thèse essentielle peut se résumer ainsi : avec la troisième révolution numérique -celle des réseaux multimedia-, les potentialités des deux premières -celle de l’informatique et des telecom- peuvent pleinement s’exprimer ouvrant la voie à une nouvelle ère de croissance accélérée des gains de productivité du travail humain notamment dans le domaine des services.
La première révolution numérique avait permis l’émergence d’usines taylorisées de service dans la banque, l’assurance, les services administratifs des grandes (...) [lire]

pour L’Expansion, avril 1999.
Que la fusion Deutsche Telecom / Telecom Italia se fasse ou pas, elle aura bouleversé le paysage européen des telecom. Elle a déjà produit une perte collatérale : l’alliance France Telecom-Deutsche-Telecom. Elle rouvre la question de la validité stratégique des alliances entre opérateurs historiques. Elle manifeste le caractère irrésistible de la pression de l’actionnaire. Elle accélère enfin la libéralisation du secteur en réintroduisant la Commission européenne dans l’organisation (...) [lire]

Depuis 1976 avec une régularité jamais prise en défaut, les crises du régime d’assurance maladie surviennent, suscitent l’émoi collectif et disparaissent après l’adoption d’un plan mêlant augmentation des prélèvements et dégradation des conditions de remboursement, toujours définitif, mais dont la durée de vie moyenne est en fait de 15 mois. Tant d’inefficacité devrait interpeller. Et pourtant même le débat public est terriblement convenu, il oppose les tenants de gauche d’un système socialisé .... aux partisans de droite (...) [lire]

La banque française est pleine de bruits et de fureur. L’un sort son treillis et se dit alléché par l’odeur de la poudre, l’autre traite préventivement son adversaire de « Ganelon », le troisième ajoute finement 3 Pébereau bonjour les dégâts. On peut le comprendre tant la méthode de l’OPE hostile est inusitée, tant les ego froissés sont surdimensionnés et tant la consanguinité des protagonistes est avérée. Mais il est moins acceptable de soutenir avec assurance une chose et son contraire, d’établir des plans sans en (...) [lire]

Dans l’affaire SGP, il y a une double énigme. Comment ce Gouvernement a t il pu ne pas comprendre qu’en jouant le jeu des Mutuelles, il affaiblissait des entreprises financières déjà faibles et ce faisant précipitait les évolutions qu’il entendait éviter ? Comment Michel Pébereau, incarnation de l’aristocratie d’Etat, prototype du fonctionnaire politique a t il pu faire des fonds de pension les arbitres des querelles des tribus gauloises ?
La réponse tient dans un triple constat de faillite et dans un pari (...) [lire]

Un an de croissance continue a permis de lire à livre ouvert les principaux traits du « chômage français ». La croissance de l’activité est fortement créatrice d’emplois, son contenu s’élève même depuis quelques années. En 12 mois d’une croissance supérieure à 3%, 360 000 emplois ont ainsi été créés. Le chômage des jeunes a dès lors reculé mais au profit de formes précaires d’emploi, confirmant ainsi que l’entrée sur le marché du travail passe par un sas de contrats à durée détérminée. Le chômage de longue durée persiste, il ne se résorbe pas (...) [lire]

La question nucléaire vient de connaître en quelques mois une évolution décisive. Il aura suffi qu’un Gouvernement allemand inexpérimenté ait osé annoncer l’arrêt à terme de toutes les centrales nucléaires et immédiat du retraitement du combustible irradié pour que des débats longtemps tus en France fassent surface et pour que des positions qui jusque là étaient le fait des seuls écologistes soient considérés avec le plus grand sérieux au coeur même d’EdF.
Certes les maladresses allemandes n’expliquent pas tout, la compétitivité (...) [lire]

On savait que le Parlement était parfois complice de son abaissement. Il vient d’en administrer la preuve en décidant nuitamment, par un amendement à un texte sur l’aménagement du territoire , de mettre fin à un monopole multiséculaire, celui du service public postal. La démarche ne mériterait guère qu’on s’y arrête si elle ne témoignait de notre incapacité à débattre sereinement, à assumer l’intégration européenne et à réformer dans la clarté nos fameux services publics.
La Poste est une entreprise en concurrence, ses activités (...) [lire]

L’activité de fusions-acquisitions a battu de nouveaux records en 1998. Un seuil parait même avoir été franchi puisque des géants pétroliers se sont entre-dévorés, des champions nationaux dans l’automobile -Volvo- et la pharmacie - Rhône Poulenc- ont baissé leur pavillon et des hypermarchés financiers planétaires tel Citigroup se sont constitués.
Ce mouvement ne doit pourtant masquer ni le caractère récurrent de ces vagues de fusions, ni les échecs significatifs constatés avec le temps, ni les contre-tendances observées avec (...) [lire]

pour L’Expansion, janvier 1999.
Il y a un an le secteur des telecom était ouvert à la concurrence. Une loi en avait fixé le cadre réglementaire. Une Autorité de régulation indépendante, l’ART, avait été créée pour gérer la transition du monopole vers le marché. Dans la même temps et au nom des alliances industrielles nouées par France Telecom (FT), le processus de privatisation était amorcé. Un an après, l’opérateur historique vole de succés en succés, Vivendi peine à atteindre ses objectifs, Suez- Lyonnaise fait de la figuration (...) [lire]

La Défense est une activité régalienne. Le marché de l’armement est dominé par les Etats. A travers les programmes coopératifs ou nationaux qu’ils décident, l’effort de recherche qu’ils financent, et les marchés publics qu’ils passent, les Etats définissent le degré d’autonomie technologique et industrielle des acteurs nationaux. Le rôle de l’industriel n’est ni de veiller à l’aménagement du territoire, ni d’assurer aux ouvriers d’Etat issus des arsenaux un emploi à vie, il est de faire mieux que ses concurrents quand (...) [lire]

L’irruption récente de démarches consuméristes dans l’univers du service public fait scandale. Tour à tour l’éducation, la santé et les services des collectivités locales ont été soumis à la question et leurs « performances », jugées à l’aune de la qualité du service rendu. Pire encore des classements ont été publiés et des comparaisons coûts/bénéfices sauvagement tentés. Au delà des discours convenus des ministres responsables ou de la tartuferie d’élus qui par intérêt étroit protègent des hôpitaux notoirement dangereux sans jamais y (...) [lire]

 
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