Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

Entretien au Nouvel Observateur : La libéralisation n’entraînera pas de baisse de tarifs

Le Nouvel Observateur, avril 2004.

Le changement de statut d’EDF-GDF sonne-t-il la fin du service public comme le clament les syndicats ?

Absolument pas. Les textes européens sont clairs là-dessus : les missions de service public sont parfaitement compatibles avec la concurrence. L’Etat a le pouvoir d’imposer la péréquation géographique -le tarif est le même quel que soit le lieu- et l’accès égal à l’énergie avec la mise en place des tarifs sociaux. De plus, il continuera de définir les grandes orientations et notamment le choix des équipements et des infrastructures énergétiques. La CGT entretient de façon délibérée la confusion entre missions, statut et formes d’organisation du service public. EdF est devenu un opérateur international qui pour croître et se développer ne peut conserver son statut d’entreprise publique contrôlé à 100%. La faiblesse de ses fonds propres par rapport à ses dettes actuelles et futures (engagements hors bilan) rendent nécessaire une recapitalisation et l’Etat n’a pas l’argent pour le faire.

Va-t-on assister à une privatisation rampante avec un désengagement de l’Etat ?

Je ne vois pas l’intérêt que des investisseurs privés pourrait avoir à prendre le contrôle majoritaire d’EdF tant qu’on n’aura pas levé les incertitudes, notamment sur la filière nucléaire : dimensionnement du par futur nucléaire, coûts de démantèlement , avenir du retraitement ... Est ce aux pouvoirs publics à prendre en charge ces problèmes ? mais comment alors justifier la privatisation ? En tous cas Edf peut et doit chercher des financements sur les marchés et avoir donc des actionnaires minoritaires adossés à l’Etat, actionnaire principal.

Pour le consommateur, l’ouverture du capital et la mise en concurrence va-t-elle entraîner des baisses de tarifs comme on l’entend parfois ?

Il ne faut pas rêver, il n’y aura pas de baisses pour plusieurs raisons. Actuellement, le kilowatt d’origine nucléaire est un des moins chers parce que les investissements de départ ont été amortis et que ça ne coûte presque rien de produire dans ces conditions. Mais c’est provisoire puisqu’il faudra bien renouveler ce parc. D’autre part, il va falloir investir dans la sécurité et c’est très coûteux. Quant au développement des énergies renouvelables (éoliennes, solaire), il nécessitera aussi un investissement important. Il y a tout de même un aspect positif : EDF est une entreprise qui jusqu’ici ne regardait pas à la dépense. Elle a surdimensionné le nucléaire, elle a imposé le chauffage électrique dans les nouvelles constructions et tout ça a eu un coût. Demain elle devra gérer plus rigoureusement, les actionnaires privés devraient l’y aider même si je dois reconnaître que le précédent France Telecom n’a pas été concluant.

(Propos recueillis par Dominique Foing)

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