Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

L’électricité est-elle un produit de commodité ou un bien stratégique ?

Les Echos, mai 2001.

Question à Elie Cohen :
L’électricité est-elle un produit de commodité ou un bien stratégique ?

« Ni l’un ni l’autre. L’électricité ne pose pas de problème de sécurité d’approvisionnement comme cela a été le cas pour le pétrole. Avec le nucléaire, nous avons réglé le problème de la sécurité énergétique pour longtemps. Par contre la façon de produire et de consommer l’éléctricité pose des questions écologiques et politiques majeures. Selon l’énergie utilisée, les émissions de carbone sont plus ou moins élevées. Selon l’efficacité dans l’usage de l’énergie, elle est plus ou moins gaspillée. Et selon le dosage qui est fait entre les différentes sources d’énergie consommées, un pays manifeste sa capacité à penser ou pas en termes de développement durable. A chaque fois, il y a responsabilité collective. Enfin la volonté d’assurer un accès égal à l’énergie à un prix raisonnable sur l’ensemble du territoire et la nécessité d’organiser la concurrence dans les situations de monopole naturel poussent à la régulation. On ne peut donc pas abandonner totalement l’électricité au marché. Sa production, son transport, sa distribution et sa consommation doivent être organisées et régulées.
Le rôle du politique est de planifier les orientations énergétiques à long terme. Ensuite, sur la base de cahiers des charges précis, une autorité de régulation indépendante se charge de la gestion au jour le jour en veillant à la viabilité de la concurrence. En France, les débuts de la régulation sont prometteurs. La Commission de régulation de l’électricité (CRE), créée début 2000, bénéficie d’un contexte favorable : notre consommation ne croît que faiblement, nous avons pléthore d’énergie bon marché grâce au nucléaire et EDF est une entreprise puissante qui a commencé à s’implanter à l’étranger. A long terme, EDF sera un grand electricien européen car il en a la volonté, les compétences et les ressources, les italiens, les britanniques et les espagnols savent que c’est la rente nucléaire et l’intégration qui font la force d’EdF et non la faible ouverture du marché français. La position de la France (qui refuse l’échéance d’une libéralisation totale du marché en 2005) relève du pur opportunisme de court terme. Chacun sait qu’elle doit accepter une ouverture plus rapide de son marché. Seul le calendrier électoral freine le processus. »

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