Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

Capitalisme alibéral

Le Nouvel économiste, .

Ignorés il y a quelques semaines les fonds souverains ont envahi le devant de la scène financière mondiale faisant renaître des peurs enfouies ... et si les propos lénifiants sur l’investissement au profit des générations futures des surplus financiers arabes russes ou chinois dans des actifs occidentaux travestissaient des stratégies de puissance d’Etats (contrôle de ressources technologiques, énergétiques et minières).

Dans les discours politiques sur les fonds souverains se mêlent trois types d’arguments qui ne sont pas d’égale valeur. Les fonds souverains poursuivent des objectifs non économiques, ils ne jouent pas selon les mêmes règles du jeu, ils ne divulguent pas les informations élémentaires permettant le contrôle leur action. Bref, à la faveur d’une crise financière brutale, ils acquièrent les fleurons de Wall Street, nationalisant ainsi au profit d’Etats opaques ou dictatoriaux les fleurons du capitalisme démocratique de marché. Ces réactions mêlent inquiétude légitime face à un monde qui change, critique injustifiée à l’égard du rôle de capitaliste en dernier ressort que jouent les fonds souverains quand ils sauvent Citigroup ou Merrill Lynch et manipulation des opinions publiques quand on feint la surprise ou qu’on agite des tigres en papier comme la Caisse des Dépôts en France.

La vérité est qu’on assiste à un décentrement du monde, à un nouveau partage de richesses et à une gestion avisée par les fonds souverains. Pour nous, l’heure du réveil a sonné.

Haut de page