Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication


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Finance mondiale

F comme Finance/Financiarisation

vive les sociétés modernes - abécédaire, février 2008.

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La finance a mauvaise presse, elle est du côté de la spéculation, de la cupidité, de l’enrichissement sans cause, quand la production est du côté de la création de richesse, du travail, de l’esprit d’entreprise.

Pourtant la finance remplit trois fonctions sans lesquelles nul développement économique n’est envisageable : elle permet la gestion de la monnaie, elle permet le transfert de valeur dans le temps, elle rapproche épargnants et emprunteurs.

Le commerce au loin, les échanges n’ont pu prospérer qu’avec le développement de la monnaie, cet équivalent général selon Marx, qui permet de sortir du troc, et la naissance de la Banque, seule à même de garantir à distance les transactions par l’émission de lettres de crédit et le développement de la monnaie fiduciaire.

L’entreprise, l’activité productive, l’investissement n’ont pu émerger et croître que parce que certains acteurs économiques étaient prêts à avancer l’argent nécessaire à l’investissement et à la production, en faisant le pari qu’ils pourraient se rembourser sur la création de richesse future. Cette capacité de la finance à transférer de la valeur dans le temps reste un mécanisme économique fondamental.

Enfin la transformation de dépôts dans les comptes courants bancaires en crédits aux entreprises, aux particuliers et aux Etats, c’est-à-dire la transformation de liquidités à tous moments exigibles en crédits finançant des activités à moyen et long terme est un dispositif majeur de l’économie de marché car il suppose la création d’institutions de la confiance. Plus près de nous la Finance moderne a même fait une percée dans la lutte contre la pauvreté avec le micro-crédit, le développement de l’innovation avec le capital risque, la protection de l’environnement avec le développement de marchés de permis d’émission de gaz à effet de serre.

La financiarisation de l’économie est l’expression couramment retenue pour caractériser l’impérialisme de la finance. Trois éléments permettent d’en rendre compte. Avec l’apparition d’investisseurs professionnels (gestionnaire des retraites) et la globalisation financière, l’entreprise est devenue un actif comme un autre qui doit être géré au bénéfice exclusif de son propriétaire, l’actionnaire. La création de valeur pour l’actionnaire a remplacé l’entreprise communauté sociale tendant à concilier les intérêts des salariés, des clients et des actionnaires.

Avec le développement de l’innovation financière et la libéralisation financière, le rôle traditionnel de la banque dans le financement des entreprises a reculé au profit du développement des marchés financiers. La désintermédiation est un des éléments majeurs qui expliquent le recul progressif des variétés nationales de capitalisme et la convergence en Occident vers un capitalisme de marchés financiers de type américain.

Enfin une industrie financière est née dont les activités vont de la fabrication de produits à la couverture des risques en passant par la notation, l’analyse, la gestion, la commercialisation de produits financiers hybrides. La gestion du risque a quitté la banque où elle était centralisée au profit d’institutions qui le disséminent dans le public.

Les crises financières naissent de la formation périodique de bulles d’actifs que les régulateurs nationaux ou internationaux ne parviennent pas à prévenir.

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