Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

C dans l’air : Et grève demain !

C dans l’air, 21 novembre 2007.

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L’on s’était pris à croire à une rapide sortie de crise, lorsque, la semaine dernière, le gouvernement et la CGT se fendaient chacun d’un geste destiné à ouvrir la voie des négociations. Mais au sixième jour de grève dans les transports en commun contre la réforme des régimes spéciaux de retraite, les assemblées générales décident massivement de reconduire le mouvement pour, au moins, vingt-quatre heures.

De négociations, il est pourtant toujours question. Fixée au 21 novembre 2007 à 15 heures, elles devraient réunir, comme convenu, représentants du gouvernement, syndicats et entreprises au siège de la SNCF. Six fédérations de cheminots ont accepté de s’y rendre, de même que trois des quatre syndicats soutenant le mouvement à la RATP. Matignon a cependant suspendu sa présence à une reprise du trafic des transports publics.

Mais alors que tous s’accordent sur la nécessité d’organiser une table ronde, chacun s’interroge : pourquoi si tard et surtout, dans quel intérêt ? Le 21 novembre, cela fera huit jours que les usagers sont privés de moyens de locomotion. Entre grogne des uns et lourdes conséquences économiques, le temps perdu aggrave la situation.

Si le gouvernement assure avoir retenu cette date selon le souhait des syndicats, les fédérations - notamment la CFDT, FO et SUD-Rail - démentent et s’affirment prêts à négocier sans attendre. De part et d’autres, chacun se rejette donc la responsabilité, pendant que la base, elle, reste mobilisée.

Contre l’avis de ses leaders, les militants CFDT et CGT ont en effet refusé de mettre un terme à la grève avant l’ouverture des négociations avec le gouvernement. Leurs confrères des autres fédérations leur emboîtent le pas. Certes, le mouvement est moins suivi - 18 % de grévistes à la RATP, contre 23 % trois jours plus tôt ; 26 % contre 32 % à la SNCF.

Mais les cheminots mobilisés suffisent à bloquer les transports publics français. Parce qu’il persiste, le conflit n’est pas sans rappeler celui de 1995. Avec une différence de taille toutefois : les Français, s’ils nourrissent traditionnellement une certaine sympathie à l’égard des grévistes, s’avèrent cette fois majoritairement hostiles à leur combat.

Ils risquent néanmoins de devoir prendre leur mal en patience. Reconduite le 20 novembre 2007, la grève des cheminots sera cette fois couplée avec celle des fonctionnaires, sur fond de réforme de l’université et de défense du pouvoir d’achat.

En outre, s’ils acceptent la discussion, gouvernement et syndicats restent fermes. Matignon n’entend rien lâcher de son projet d’alignement des régimes spéciaux sur celui de la fonction publique, et les six syndicats de cheminots - SUD-Rail en tête, qui rejette en bloc la réforme - entendent bien soumettre la liste de leurs requêtes lors des négociations tripartites.

D’ordinaire omniprésent, Nicolas Sarkozy ne s’est, quant à lui, pas encore exprimé sur le sujet. Il pourrait rompre le silence dès le 20 novembre, devant le congrès de l’Association des maires de France.

Invités :

-  Christophe Barbier
-  Elie Cohen
-  Gérard Grunberg
-  Roland Cayrol

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