Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

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Le CIRI ou l’ingénierie sociale du déclin industriel

Actes du Colloque du Creusot 2007 (A paraitre), 21 mai 2007.

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Introduction

De 1974 à 1984 La France connaît un choc industriel majeur : les crises énergétiques et monétaires, l’épuisement d’une dynamique de rattrapage, des structures financières fragiles vont contribuer à un déclin accéléré de l’industrie. L’Etat français qui depuis la Libération a fait de la politique industrielle un des outils majeurs de la Reconstruction puis de l’Expansion intervient alors massivement dans les restructurations et les reconversions industrielles. Dans les secteurs où il est l’actionnaire notamment depuis 1981, les rationalisations seront le fait de l’Etat actionnaire. Dans les entreprises privées mais en difficulté, l’Etat se dote d’un outil spécifique le CIASI-CIRI qui va agir avec une redoutable efficacité. En quelques années, L’Etat a su faire disparaître des poids lourds de l’Industrie comme Boussac, Creusot Loire ou Normed, des champions nationaux n’ont guère échappé à la sanction du marché même si chacune de ses disparitions a été précédée de plans qui entendaient "faire d’une faiblesse, une force", "reconquérir le marché intérieur", et acquérir des positions décisives sur les "nouveaux marchés". L’Etat a aussi su faire disparaître des pans entiers de la mécanique, de l’industrie du bois, de la machine-outil des machines spécialisées ... Il a accompagné le déclin voire la disparition d’entreprises à forte visibilité sociale (les ARCT, Manufrance), des coopératives ouvrières (Les AOIP), des mono entreprises locales, sans drames, et souvent avec un accord large des parties. L’objet de la communication sera de montrer comment un outil particulier, le CIRI, a permis en apparence de régler de manière efficace des problèmes de financement, de reprise, de rationalisation industrielle et en réalité de gérer sans drames sociaux la première grande vague de désindustrialisation que la France a connue. Le CIRI en effet emprunte au modèle de l’Administration de Mission, il n’a cessé de bousculer l’ensemble des appareils d’Etat et du système bancaire et financier pour gérer la transition d’une économie dominée par l’industrie à une économie qui cherche ses nouvelles spécialisations. Le moment CIRI est celui où l’activisme des pouvoirs publics est à son acmé, il annonce la grande transformation de l’économie française et du capital national. Au moment où nous vivons à nouveau une phase d’accélération de la désindustrialisation et alors que les hommes politiques de tout bord sont obsédés par les délocalisations et en quête de solutions nouvelles, l’expérience de 74-84 mérite d’être revisitée.

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