Elie Cohen - directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po et membre du CAE

Communication

C dans l’air : Airbus boîte noire de la campagne

C dans l’air, 6 mars 2007.

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Plus de 80 % des salariés d’Airbus se sont mobilisés, le 6 mars 2007, contre le plan de restructuration qui avait été détaillé une semaine auparavant. S’étant transformé en enjeu de la campagne présidentielle, ce brûlant dossier mobilise les candidats, qui se divisent sur le rôle de l’Etat mais affichent leur souci de défendre l’emploi.

Le 28 février 2007, le constructeur aéronautique annonçait son plan de restructuration, nommé "Power 8", prévoyant la suppression de 10 000 emplois sur ses seize sites européens. La direction d’Airbus envisage ainsi la vente d’usines au Royaume-Uni, en Allemagne et, avec 4 300 postes supprimés, la France est la plus touchée.

En répondant à l’appel de l’intersyndicale du groupe à faire grève, la majorité des salariés des quatre sites français d’Airbus ont suivi le mouvement, et plusieurs milliers ont défilé dans les rues de Méaulte, Saint-Nazaire et Toulouse, où près de 12 000 personnes battaient le pavé.

A quelques semaines de l’élection présidentielle, les principaux candidats en lice se positionnent sur les solutions à apporter à la crise que connaît l’avionneur. Mais s’ils affichent tous leur souci de défendre les emplois mis en danger, les propositions de dénouement divergent en revanche fortement, avec, au c¿ur des débats, le rôle de l’Etat.

Pour Ségolène Royal, qui évoque le dossier, ce même jour, avec la chancelière allemande, Angela Merkel : "Il faut que l’Etat remette au pot mais sur la base d’un projet industriel franco-allemand solide". La candidate socialiste était la première à dénoncer "ce séisme industriel", et à proposer "sa" solution : faire rentrer huit régions françaises dans le capital d’Airbus.

Nicolas Sarkozy estime pour sa part que si les Etats ne sont pas "les actionnaires industriels les plus avisés", il précise qu’il n’est "pas décidé à laisser tomber Airbus". Et le candidat de l’UMP de s’interroger sur une augmentation de la part de l’Etat dans le capital, tout en critiquant la solution proposée par Ségolène Royal, estimant que ce n’est "pas avec ça qu’on pourra sauver Airbus".

Quant à François Bayrou, s’il juge normal que "l’Etat fasse face à ses responsabilités", il demande également aux actionnaires privés du groupe, comme Lagardère ou Daimler-Chrysler, de jouer leur rôle. Le candidat de l’UDF dénonce en revanche la proposition socialiste, la considérant "totalement irréaliste". Pour lui, il n’est "pas imaginable qu’on aille prendre l’argent du contribuable pour aller faire un travail industriel à Airbus"

Jean-Marie Le Pen, quant à lui, s’est contenté d’ironiser sur "le ballet des candidats" auprès des salariés de l’avionneur. Alors que Marie-George Buffet plaide de son côté pour un "moratoire suspensif".

Toutes ces déclarations déplaisent fortement au directeur général délégué d’Airbus France, Fabrice Brégier, qui ne souhaite pas "que la politique entre dans une logique qui nous prendrait en otage". Pour lui, "il ne faut pas mélanger management et politique".

Alors que se déroule la première grande mobilisation depuis 1993, la prochaine étape est déjà fixée au 16 mars 2007, à Bruxelles, pour une manifestation européenne contre Power 8.

LES INVITÉS :
-  Matthias Beermann
-  Elie Cohen
-  Emmanuel Lechypre

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