Elie Cohen : « Je crains une pénurie massive d’ingénieurs en Europe »

lundi 20 mars 2017

Article paru sur lemonde.fr

L’économiste, directeur de recherche au CNRS et professeur à Sciences Po, affirme que les problèmes complexes d’urbanisme, de santé ou de transports, entre autres, nécessitent des réponses industrielles.

Pour Elie Cohen, directeur de recherche au CNRS, professeur à Sciences Po, la robotisation et la mondialisation ne condamnent pas les métiers industriels en France. Bien au contraire. A condition de s’adapter à la nouvelle demande.

Le secteur industriel ne représente plus que 12,5 % du produit intérieur brut, contre 16,5 % en 2000. Et l’automatisation y est croissante. L’industrie est-elle un secteur d’avenir pour les jeunes, en France ?

Il y a deux manières de considérer l’industrie. Soit on prend en compte le poids de l’industrie manufacturière dans le produit intérieur brut. Et effectivement, il décroît tant dans les pays développés que dans les pays émergents. Mais cette vision est limitée. Soit on revient à la définition de ce qu’est l’industrie, à savoir l’optimisation de processus de transformation complexe. On considère alors plus largement le développement actuel de solutions pour résoudre des problèmes urbains, de santé, de transport, d’environnement comme étant des solutions industrielles. Et on se rend compte que l’on est en fait dans une époque hyperindustrielle, pour laquelle il faut intégrer des briques de produits, de services, de technologies et d’intelligence organisée.

Le problème, pour rendre compte de cette réalité, c’est que les outils statistiques sont pensés pour mesurer l’ancienne industrie. Ils nous en donnent donc une vision distordue.

Quels types de métiers seront les plus porteurs ? Il existe des métiers en tension aujourd’hui : soudeur, chaudronnier… mais le seront-ils demain ?

On aura besoin de chimistes, de mécaniciens, d’électroniciens, mais aussi de gens capables d’intégrer ces briques hétérogènes pour régler des problèmes complexes, comme des architectes de système, des bio-informaticiens et des roboticiens, ce qui représente un immense potentiel de développement.

L’emploi manufacturier ne représente déjà plus que 10 % de la population active. Mais il crée de plus en plus de richesse, ce qui développe les emplois de services individuels et collectifs.

Mais un grand nombre de ces métiers ne vont-ils pas être robotisés ?

Certes, l’usine du futur sera un ballet de robots mus par des programmes, des senseurs et des capteurs. Mais cette évolution ne condamne pas les métiers industriels. Les chaînes les plus modernes de l’automobile nécessitent quand même la main du technicien. C’est aussi le cas dans les systèmes techniques les plus complexes, dans l’aéronautique, le nucléaire, le spatial.

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